De mai à octobre, la côte Est de l’Australie accueille près de 25 000 nouveaux visiteurs dans ses eaux : les baleines à bosses. La « saison d’observation des baleines » touche bientôt à sa fin ! Cap sur l’océan, à la rencontre de ces cétacés.

 

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Au départ du bateau sur la Shark River

 

 

Surfers Paradise. Queensland. Pas un nuage à l’horizon. Le soleil se reflète majestueusement sur la surface de l’eau. Des conditions optimales pour observer le cinquième animal le plus imposant au monde (entre 12-16 mètres de long). Le capitaine, Gary Law, les observe depuis huit ans et s’attend toujours à être surpris. « On en apprend toujours avec elles ! Chaque jour, le spectacle est différent. » Dit-il avec une pointe de mystère dans la voix.

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Gary Law, le capitaine

Après avoir longé les nombreuses villas qui jalonnent la Shark River, l’océan s’offre devant nous. L’excitation se fait déjà ressentir parmi les passagers, à l’affut du moindre mouvement dans l’eau. C’est ici, dans des eaux avoisinant les vingt degrés, que les baleines à bosses viennent procréer et donner naissance à leur bébé.

« Toutes n’arrivent pas au même moment. Chacune restera en moyenne trois mois dans les eaux australiennes. » Renchérit un de membre de l’équipage.

L’Australie est donc une étape incontournable avant leur longue migration de vingt-cinq mille kilomètres vers l’Antarctique, où elles peuvent perdre jusqu’à 15% de leur poids initial!

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Avant de disparaître sous l’eau

 

Un chant complexe

Le bateau s’arrête. « Si vous apercevez un jet d’eau dans les airs, cela annonce que les baleines vont monter à la surface pour respirer ! » En effet, même si elles peuvent rester jusqu’à 45 minutes sous l’eau, les baleines remontent en moyenne toutes les 5-10 minutes. « Là-bas ! » Lance une des passagères. En un instant, on aperçoit plusieurs jets qui fendent l’air et à la surface, leur dos noir qui apparaissent. Un petit groupe s’avance tout près du bateau… « C’est tellement intense, voire fou que l’on a du mal à réaliser qu’on observe des baleines. C’est comme si c’était irréel ; magique ! » Nous fait partager Marc, à bord du vaisseau.

« Les baleines sont très sociables. Explique Gary. Elles restent 2-3h avec un groupe, puis elles repartent à la rencontre d’autres baleines. »

Elles sont aussi très curieuses. Fines observatrices avec une ouïe développée, elles n’hésitent pas à s’approcher des bateaux et multiplier les sauts.

Si l’on tend l’oreille, on distingue leur chant, émis uniquement par les mâles à la saison des amours. Le biologiste marin Philip Clapham le décrit comme « le plus complexe du règne animal. » Un chant mélodieux, élégant et puissant qui résonne au plus profond de nous.

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« Par leurs chants, les baleines envoient des messages « cryptés », une même séquence répétée toute la journée pour faire passer des messages, communiquer avec son espèce, séduire, impressionner ou encore chasser un banc de poissons. » Précise Gary.

L’analyse des scientifiques Roger Payne et Scott McVay sur le chant des baleines dans un article intitulé « Songs of Humpback Whales” en 1971 a éveillé l’intérêt des médias et du public en démontrant la haute intelligence de l’animal.

 

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Un spectacle magique

Une nageoire caudale unique

La baleine à bosse est connue pour la taille importante de ses nageoires pectorales, ce qui lui a valut le nom scientifique de « Megaptera (grandes nageoires) Novaeangliae (Nouvelle Angleterre, où elle a été découverte). Une fois qu’il a repris de l’air à la surface, pour plonger en profondeur, le cétacé cambre le dos et sort largement sa nageoire caudale (queue). Le dessous de cette nageoire et le bord postérieur est propre à chaque baleine, ce qui permet aux scientifiques de les répertorier.

« Ce sont comme des empruntes digitales ! » suggère Gary aux enfants du bateau.

En effet, on constate des ondulations sur le bord de la queue ainsi que des motifs sur la face ventrale, qui ne changeront pas au cours de leur vie. Depuis cette découverte, la baleine à bosse est devenu l’espèce de baleine la plus étudiée par les scientifiques, les autres ne possédant pas un tel moyen d’identification.

Fait incroyable, en 1991, pour la première fois en Australie, une baleine à bosse albinos mâle a été aperçue. Migaloo (en langue aborigène le « garçon blanc ») est devenue une célébrité locale du fait de sa couleur blanche rarissime pour l’espèce. Encore aujourd’hui, il demeure le seul de son espèce dans le monde.

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Une espèce protégée

Même si depuis plusieurs années les scientifiques observent une augmentation de leur nombre par an (env10%), la baleine à bosse reste néanmoins au 3ème rang des grandes baleines en danger et reste sur la liste des espèces protégées. « Il y a huit ans, on en comptait environ 14 000 qui venaient autour de nos côtes, aujourd’hui c’est près de 25 000 ! » explique Gary.

C’est à partir du XVIIIème siècle que l’on a réalisé la valeur marchande des baleines et que le commerce de leur chair a commencé. C’est au XIXè et XXè siècle que le déclin de la population des baleines à bosse a été dramatique, suite à une chasse de masse effectuée par de nombreux pays, tel que les États-Unis ou le Japon. L’espèce a frôlé l’extinction au cours du XXè siècle, diminuant de plus de 90% ! C’est pourquoi un moratoire sur la chasse à la baleine à bosse a été établi en 1966, ainsi qu’un moratoire général en 1986 qui autorisait toujours la chasse aux baleines à des fins scientifiques.  Plus récemment, en mars 2014, la Cour Internationale de Justice a ordonné l’arrêt de la chasse à la baleine dans l’océan Antarctique par les Japonais, même sous un prétexte scientifique. Une avancée donc qui pourrait avoir des répercussions sur les autres zones et pays qui la pratiquent toujours (ex : Pacifique Nord, l’Islande ou encore la Norvège). En Australie, l’histoire du « Killer of Eden » est très connue. On y raconte qu’un orque à la frontière du New South Wales aidait les hommes à localiser et tuer les baleines (dans les années 1890). On peut voir son squelette au musée de la ville d’Eden. Si depuis les années 1990 l’observation des baleines dans le monde est un tourisme fleurissant, après des débordements de bateaux qui pourchassaient des groupes de baleines, de nombreuses règles sont en vigueur quant au respect de distance avec l’animal. Par exemple, le gouvernement du Queensland a ordonné une zone d’exclusion de 500m autour de Migaloo (albinos). « J’ai apprécié pouvoir les observer dans leur habitat, de les respecter sans trop se rapprocher avec le bateau. Ce sont elles qui sont venues à nous. C’est une chance unique ! » Confie Elise, 42 ans.

Après quelques heures et un spectacle époustouflant, c’est l’heure du retour à la terre ferme. On se sent chanceux et on a toujours du mal à se rendre compte de ce qu’on vient de vivre, un pur ballet des géants.

Une expérience émouvante, vraie et tout simplement magique !

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Compagnie à Surfers Paradise (Queensland): Whales in Paradise prix: 99$/pers

Un conseil: vivez l’instant présent et laissez l’appareil photo de côté!

Marion.