Boum boum…

…boum boum…

…boum boum…

 

Entendre mon cœur qui battait, si fort qu’on pouvait croire qu’il tentait de s’extirper de ma poitrine, tel a été mon état ce matin du 13 juin, date du départ pour l’Islande. L’excitation et l’insouciance des deux semaines précédentes laissaient soudain place à l’anxiété et la peur. « Bordel, qu’est-ce que je fais ! » Oui, je n’en menais pas large !

Je me disais tout bas : « Marion, soit c’est une des plus belles décisions de ta vie, soit la plus belle connerie ! » Car d’un coup, toutes tes faiblesses t’assaillent, tes craintes essayent de se frayer un chemin et d’affaiblir tout ce pour quoi tu as choisi de faire ce road trip toute seule. « C’est ton choix. Vis ton expérience à fond; qu’il soit positif ou négatif, tu ne regretteras pas ton voyage. » Ma moitié a toujours les mots qu’il faut.

Arrivée à l’aéroport, le seul avion retardé a été le mien, sans quoi ce ne serait pas drôle ! Mon stress n’a fait qu’augmenter. Comme instantanément, presque d’une manière robotique, j’enchaînais dans ma tête une à une les tâches que je devais effectuer :

1. Enrouler la tente et le sac à dos dans la machine à plastique

2. Enregistrer les bagages

3. Aller en salle d’embarquement.

Tout est réglé. Le temps devient mon plus vil ennemi. Je n’arrivais pas à faire passer mon excitation devant mes craintes. Quand on me demandait à ce moment précis : « comment tu te sens, tu es contente, enfin le jour J ! » Ma joie était étouffée : présente, mais soumise.

 

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1. L’épreuve

Le premier jour, jour de toutes les premières, a été pour moi le plus dur, le seul où j’ai ressenti beaucoup de doutes.

Première fois que je partais seule.

Première fois que je partais seule, en sac à dos, pour un road trip !

Première fois que je loue une voiture. Que je conduis à droite depuis près d’un an.

Que je me dirige sans GPS, sans téléphone, avec ma carte et mon sens de l’orientation (autant dire que je pars avec un sérieux désavantage !)

Que je dois gérer les choses seules : trouver à manger, où dormir, retrouver la route quand je me perds (eh oui je me suis perdue à quatre reprises « seulement » ce jour-ci !)

Que je fais du camping seule. Que je déplie ma tente (très simple, mais je pense, déjà à trouver le moyen de la replier le lendemain !)

Première nuit où, emmitouflée sous 5 couches de vêtements et glissée dans le duvet, masque panda sur la tête et lumière qui colore l’intérieur de la tente en rouge, je me les gèle et je ne dors que 4h.

Je me sens fatiguée, à bout et totalement impuissante face à ces 17 jours qu’il me reste.

 

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2. L’épanouissement 

Passé la surprise des « premières fois » et de ces données inconnues, l’excitation, qui s’était faite toute discrète la veille, surgit d’un coup, en même temps que la confiance : l’aventure peut enfin commencer ! Tout se déroule naturellement. Le simple fait de conduire, chantant à tue-tête dans ma voiture, avec l’air qui caresse ma joue est un vrai plaisir.

La chanson From Finner de Of Monsters and Men a été celle qui m’a accompagné tout le long, représentant si bien mon road trip :

« And we are far from home, but we’re so happy

Et nous sommes loin de chez nous, mais nous sommes si heureux

Far from home, all alone, but we’re so happy »

Loin de chez nous, tout seuls, mais nous sommes si heureux »

 

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À ma droite se trouve mon passager : le Lonely Planet. Mon attention est subjuguée par les paysages, tantôt lunaires, tantôt pleins de vie. Il ne me fallait pas plus que les moutons au bord de la route et les chevaux crinière au vent sur les collines pour me donner une vague de chaleur et me sentir heureuse.

À chaque découverte de sites, je ne sais à l’avance comment mon corps et mon esprit vont réagir. Je n’ai jamais regardé de photos à l’avance des endroits où j’allais, pour laisser à la surprise tout le loisir d’opérer.

D’un coup, je suis émue, larmes aux yeux, devant tant de beauté et une force de la nature qui nous rappelle à quel point elle est le pilier de la vie. C’est incontrôlable. Je suis comme dans une bulle, je m’extasie, je me sens envahie d’une plénitude. Je me sens bien.

Le plus gros plaisir d’être seule n’a pas été de se retrouver, car mon road trip en Australie s’était déjà chargé de cette partie. Non, ça a été de voir, d’écouter, de ressentir pleinement, comme si c’était la première fois.

 

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Finalement dans notre quotidien, nos sens sont étouffés.

On observe sans réellement voir,

On sent, touche et entends sans vraiment se laisser guider par nos sens, toujours distraits par quelque chose, quelqu’un.

Alors c’est seule, pour la première fois que j’ai appris à faire abstraction des touristes et que j’ai pu profiter du spectacle que j’avais devant moi.

Je gonflais mes poumons à grande inspiration, laissant me remplir de cet air sain

Je ressentais chaque gouttelette se déposer comme des perles sur mon visage,

J’imprimais dans ma mémoire les endroits que j’observais,

Je fermais les yeux et me laissais envahir par les bruits autour de moi ; que ce soit le vacarme assourdissant de l’eau qui vient s’écraser au sol, l’air qui caresse l’herbe, ou le chant des oiseaux.

Le temps était mon allié. Je ne courais plus après lui, n’en réclamais pas plus : je prenais chaque minute et la savourais. Si bien que le stress et la frustration n’avaient pas leur place dans mon quotidien.

C’est l’épanouissement. Un retour aux sources.

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3. Les limites 

Les barrières que j’ai rencontrées et auxquelles je ne m’étais pas attendue ont été les échanges humains. Cela faisait un mois tout juste que j’étais rentrée de mon road trip en Australie et dans mon imaginaire, j’ai projeté l’expérience humaine que j’avais eue là-bas pour ce voyage en Islande. Il faut savoir que quand tu fais un road trip au pays d’Oz, toutes les personnes que tu rencontres sont comme une grande famille. Tout le monde parle facilement, se dit bonjour lors des marches et les relations sont très vites fortes.

Quelle surprise donc j’ai eue, quand je me heurtais à des visages fermés, râleurs et hautains de la grande majorité des touristes que je rencontrais. J’ai donc rapidement délaissé mon « hello » lors de mes marches, qui restaient sans réponse, avec des yeux ahuris, voire dédaigneux de la part des touristes.

Concernant les Islandais, je me suis retrouvée confrontée à un autre mur. Je précise que c’est mon premier voyage dans un pays nordique.  Lorsque l’on voit sur un T-shirt toutes les expressions en dessous d’un même visage rigide et fermé, tu comprends mieux le pourquoi du comment ! Ils peuvent être en colère, contents ou surpris, la tête est la même et ne donne pas envie de s’attarder !

Il faut percer la glace… Oui.

 

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Je nuance ce propos, car durant ces quinze jours, j’ai rencontré des Islandais adorables, prêts à tout pour t’aider, souriants. Ce qui se compte pour ma part à moins de dix… !

Vous allez me dire : « mais as-tu au moins essayé d’aller parler aux locaux… ? » Croyez-moi, ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué. Je saluais en islandais et j’essayais toujours d’entamer une discussion, que ce soit avec les propriétaires de campings, les vendeurs en stations-service, supermarchés, dans la rue pour demander mon chemin, etc.

Lorsque tu pars comme ça seule et que tu fais uniquement du camping (pas d’air bnb où tu loges chez l’habitant), hormis à Reykjavik, tu ne rencontres pas des masses d’Islandais ! (En plus, j’y étais pendant l’Euro donc beaucoup étaient en France !)

Je me suis donc pris une claque quant au tableau que je m’étais dressé avant de partir sur la facilité d’échanger et de créer des liens.

 

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Parfois, je me suis sentie bien seule. Tu observes autour de toi des familles, des couples et des amis. Très peu de personnes seules (encore moins des filles). Et puis tu te dis que toi aussi tu aimerais bien partager les magnifiques choses que tu vois avec ta moitié, une amie ou ta famille. Des petits coups de mous qui se sont fait sentir surtout vers la fin du séjour.

Ne t’étonne pas si tu commences à te parler à toi-même, à voix haute et que tu te tapes des barres en solo. Je dois dire que j’ai développé des phases schizo lors de longues marches qui m’ont bien fait rire ! Et je dis : « vive les monologues ! »

Mon petit remède à ce manque de rencontre a été de prendre toutes les personnes qui faisaient du stop ! J’étais très contente de pouvoir échanger et de faire un petit bout de chemin avec ces inconnus. Inconnus qui se sont pour certains transformés en belles rencontres avec qui j’ai partagé de très bons moments et avec qui je garde contact.

 

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Car oui, dans toute cette aventure, j’ai quand même rencontré de super personnes, des Français, des Montréalais, des Allemandes, des Islandais, qui ont contribué à rendre ce voyage inoubliable ! Ma déception s’est donc manifestée par cette image de l’Australie et mes attentes. Quand j’y réfléchis, les rencontres ont parfaitement été au rendez-vous. Il aurait été à moi de faire un autre pas pour rencontrer plus de monde, que ce soit logé en auberge de jeunesse ou par air bnb. (Je testerais à mon prochain voyage !)

 

4. Alors, tu repartirais à nouveau seule? 

 

Ça c’est sur ! Je ne pense pas que partir seul(e) convienne à tout le monde. Moi même je sais que je repartirais seule, mais toujours sur une courte durée qui n’excède pas un mois. Le fait d’être en couple doit aussi jouer. Je ne me vois pas partir trois mois durant sans le partager avec ma moitié.

Est-ce que j’ai eu peur? Pas du tout, l’Islande est très sûre et tu le ressens. Parfois je me faisais mes petites angoisses, donc pour me rassurer je mettais un cadenas sur les zips de la fermeture de la tente. Après, je ne partirais pas seule dans tous les pays du monde, certains sont plus dangereux que d’autres pour une femme seule. Je ne me suis pas faite embêter, juste quelques dragouilles pas méchantes de temps à autres.

Ce voyage m’a permis de mettre un point final à ce long road trip d’Australie, où le retour en France a été très difficile. 

Chacun part en solo pour des raisons diverses. Pour ce premier voyage, j’avais besoin de me prouver que je pouvais partir seule, repousser mes limites et oui, voir que j’étais forte. Le besoin de me prouver que je n’avais plus rien à voir avec cette jeune fille d’il y a un an. J’avais le besoin d’expérimenter le voyage par moi-même, sans avoir de limites, où seuls mes choix et mes envies comptaient.

La plus belle chose que j’en retire et qui me fera à nouveau partir est cette communion avec la nature, où tu observes avec un œil neuf, tu prends le temps d’écouter, de sentir et de ressentir tous les éléments autour de toi.

Je n’avais pas le besoin de me connaître, mais celui de voir clairement ce que je souhaitais pour l’avenir. Tu as tout le temps de réfléchir et les choses apparaissent d’elles-mêmes.

Tout est clair, je sais ce que je veux et je suis repartie d’Islande des étoiles plein les yeux, de l’espoir plein le cœur.

 

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