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La petite fille du café.

Ses yeux s’humidifièrent.

Une larme se forma.

Elle la sentit se loger sous son œil, innocente. Une perle parfaite. La fille, d’une dizaine d’années, observe autour d’elle. Dans la cohue du concert et de l’euphorie des gens, elle se sent comme piégée dans un autre monde. Personne ne la voit, personne ne l’entend. Elle est invisible, comme cette perle sur son visage, qui témoigne, en silence. Dieu qu’elle aimerait crier pour que tout s’arrête, pour qu’Il s’arrête, la regarde et la ramène à la maison. Mais lui aussi est dans son monde, un monde biaisé par l’alcool. Ses membres semblent se désarticuler quand il se meut, ses mots sortent saccadés, ses yeux sont vides, déjà noyés dans les liquides absorbés.

Elle ne comprend pas d’où lui vient cette tristesse. Est-ce le bruit qui lui devient assourdissant ? Ces effluves alcoolisées qui semblent envoûter le public? Un trop de tout peut-être. Elle ne peut s’empêcher de fixer, elle aussi d’un air vide, droit devant elle. Droit sur lui. Comme si ses yeux pouvaient transpercer la chair. Les mots restent prisonniers dans sa gorge. Aucune vie n’émane de son corps.

Extraverti, sans pudeur aucune, brut, lui, ne comprend pas. Agacé, il ne comprend pas pourquoi elle reste là, immobile dans l’ombre, au lieu de danser sur ces sons chauds et entraînants. Non ! Il ne le permettra pas ! Il veut montrer à tous que c’est sa fille, et qu’ils s’amusent ensemble.

-Allez, viens danser! lui dit-il d’une voix autoritaire.

Elle fait non d’un signe de tête, recroquevillée dans son coin.

Il répète. Perd patience…

Une expression de peur figée sur son visage, elle capitule à suivre cet homme qu’elle ne reconnaît plus, celui qu’elle est sensée appeler « papa ».

Sans égard, il lui prend les poignets et la lève, la force à se mouvoir, suivant les désarticulations exagérées de ses bras d’adulte. Il sourit. Ah ! Là elle s’amuse… affiche t-il dans un sourire ahuri. Dans son euphorie, il ne voit pas les larmes de sa fille perler sur les rondeurs de son visage, un visage déjà marquée par une souffrance dont elle n’arrive pas encore à mettre les mots dessus.

Il ignore son silence. Lui, est heureux.

D’un regard extérieur, le tableau qu’offre cette scène est saisissant. La violence est muette. Le temps semble ralentir chacun de leurs mouvements, frôlant l’étouffement. Impuissant, on la regarde et l’on espère qu’elle lise dans nos yeux ce que nous nous efforçons de penser si fort :

« Tout ira bien, tu verras… Un jour cela s’arrêtera, un jour tu partiras… Un jour, tu souriras. Un jour tu aimeras».

 

Marion GD.

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