Galerie photo, Iran

Kharanaq, la cité oubliée…

 

 

C’est à 70 km de la ville historique de Yazd que l’on peut sillonner les rues désertes de Kharanaq, un village en ruine habité depuis plus de 4000 ans!

Tout autour n’est que désert et flans rocheux, contrasté par la présence de quelques arbres ici et là . Aujourd’hui, encore une trentaine de familles y vit, principalement des fermiers s’occupant des champs alentours.

Il n’y pas un bruit. Seul celui de nos pas sur la terre et celle de la poussière qui s’en échappé. On croirait avoir fait un saut dans le temps; l’imagination s’emballe. Les rues sont désertes, tout comme l’intérieur des habitations où l’on peut prendre le temps de rêver à quoi pouvait ressembler la vie ici. Une ville fantôme figée dans le temps, où seuls les hauts murs restent témoins. Difficile de s’imaginer la prospérité du village, qui autrefois constituait une halte incontournable pour le commerce. Du village on aperçoit la mosquée datant de l’époque Qadjar (XVIIe), ainsi que le vieux pont reliant les deux côtés de Khanaraq.

 

Djalâl-od-Dîn 

Ainsi l’être humain est une auberge.
Chaque matin, un nouvel arrivant.
Une joie, un découragement, une méchanceté,
une conscience passagère se présente,
comme un hôte qu’on n’attendait pas.

Accueille-les tous de bon cœur !
Même si c’est une foule de chagrins
qui saccage tout dans ta maison,
et la vide de ses meubles,
traite chaque invité avec honneur.
Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

L’idée noire, la honte, la malice,
accueille-les à ta porte avec le sourire
et invite-les à entrer.

Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent
car chacun est un guide
qui t’est envoyé de l’au-delà.

Rûmî

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Crédit photos @MarionGordien

Galerie photo, Iran

L’âme de l’Iran

Ici, la poésie se vit, se transpose dans le quotidien et nourrit.

Elle revêt l’habit d’un guide, d’un confident ou d’un ami.

Ses mots deviennent un baume au coeur; porteurs d’espoir et philosophies de vie.

« L’amour l’amant l’aimé » de Hafez

Tu es comme le matin. Je suis la lampe qui brille,
Seule, à l’aube. Souris-moi, et je donnerai ma vie.
Tu es le deuil de mon cœur, pour les boucles de ta tête
Que ma tombe fleurira d’un tapis de violettes.
Je me tiens, les yeux ouverts, sur le seuil de ton désir.
Dans l’attente de ton regard, …mais, de moi, tu te retires.
Merci. Que Dieu te protège, ô cohorte de douleurs,
Car, lorsque je serai seul, tu resteras dans mon cœur !
De mes yeux je suis l’esclave, lorsque, malgré leur noirceur,
Le compte de mes chagrins leur fait verser mille pleurs.
Mon idole se dévoile aux regards de tout le monde,
Mais personne ne surprend tant de grâce, que moi seul.
Mon amour, comme le vent, quand tu passes sur ma tombe,
Dans ma fosse, de désir, je déchire mon linceul… »

Hâfez de Shiraz

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Crédit photos @MarionGordien

Galerie photo, Iran

Portraits d’Iranien(ne)s

Que ce soit au détour d’une route, au coin d’une mosquée, ou via couchsurfing, en trois semaines j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui ont le cœur sur la main, qui confirment ce qui fait la renommée du peuple iranien: son accueil et sa gentillesse.

C’est une jeunesse curieuse et ouverte vers l’extérieure que j’ai rencontré. Une jeunesse désireuse de voyager et qui partage les mêmes problématiques quotidiennes que la nôtre. Qui fait face au chômage et aux coûts élevés de la vie, aux pressions sociales. Des jeunes qui sont aventureux et qui souhaitent contribuer au développement de leur pays.

Je n’oublierai pas tous les merveilleux moments passé à leurs côtés, et qui ont fait de ce voyage le plus touchant qu’il m’ait été donné de vivre.

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Crédit photos @MarionGordien

Galerie photo, Iran

À livre ouvert…

Que ce soit à des fins revendicatives sur les murs des villes, un moyen d’émancipation des femmes comme sur l’île d’Ormuz, un message politique à la gloire de la République Islamiste ou un conte,

Ici les murs ont des oreilles, mais surtout murmurent messages et histoires à qui prête attention.

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Crédit photos @MarionGordien

Galerie photo, Iran

Le joyau d’Iran

Une fenêtre sur le monde, passé et présent,

Une beauté architecturale et un savoir-faire ancestral,

Ici recèle mystères, espoir et code de vie,

Point de ralliement et unité d’un peuple,

Admirez la beauté des Mille et Une nuits.

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Crédit photos @MarionGordien

Articles

LE TRAIN DE LA VIE – Réflexion sur le voyage

 

J’ai choisi de m’éloigner des rails, ces lignes droites infinies séparées de 143,5 cm, qui font office de lignes de vie.

Parce que j’ai fait le choix, un instant, de ralentir, de m’arrêter et d’observer.

Observer autour de moi ; sentir le vent soulever mes cheveux et caresser mon visage, comme une mère couve son enfant.

Accueillir chaque goutte de pluie sur ma peau, joyeusement, en un doux sentiment de fraîcheur.

Apprécier la beauté de chaque parcelle de mon environnement, qu’il soit naturel ou façonné par l’homme.

Ne faire qu’un avec les éléments.

Respirer. Profondément.

Vivre.

Immobile, à côté des rails, j’observe la foule agglutinée dans les wagons de la « vie », ces voies à sens unique sensées mener au « Bonheur ». C’est à ce moment-là, que les questions sur le sens de la vie se déversent à la manière d’un torrent dévastant sur son passage : croyances, acquis et repères.

Si pour certains cette pause ne fut que de courte durée avant de sauter dans le prochain train, plus simple de fermer les yeux et de retourner suivre les voies; pour d’autres, la sensation d’avancer à deux vitesses aux côtés de leur entourage s’accentue… un vide entre les wagons se crée et la quête bonheur devient alors une équation. Parmi ses variables : le voyage.

Le voyage. L’inconnu remplace les repères ancrés. Les automates disparaissent face à l’éveil des sens. L’homme se reconnecte. D’abord à lui, puis aux autres et à son environnement… La notion du temps perd son rôle d’organisateur, pour finalement devenir l’accompagnateur bienveillant. On apprend de nouveau, avec le regard d’un nourrisson; puis l’ouïe, le goût et le toucher se développent à la manière d’un enfant qui découvre la vie, sans filtre ni jugement.

Voyager, c’est accepter de perdre le contrôle. Se laisser guider par les rencontres, les signes extérieurs et nos intuitions. Se faire confiance et avoir confiance en l’autre.

Ce n’est pas la réponse à la question du bonheur, seulement une variable, un outil qui ouvre la voie et dévoile des éléments de réponses à ceux qui seront attentifs aux signes et à leurs émotions.

Le plus grand voyage commence et se réalise à l’intérieur de soi, en éternel mouvement, tout au long de notre vie.

 

« C’est pourquoi il est tellement important de laisser certaines choses disparaître. De s’en libérer. De s’en défaire. Il faut comprendre que personne ne joue avec des cartes truquées, parfois on gagne, et parfois on perd. N’attendez pas que l’on vous rende quelque chose, n’attendez pas que l’on reconnaisse vos efforts, que l’on découvre votre génie, que l’on comprenne votre amour. Vous devez clore des cycles. Non par fierté, par incapacité, ou par orgueil, mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans votre vie. Fermez la porte, changer de disque, faites le ménage, secouez la poussière. Cessez d’être ce que vous étiez, et devenez ce que vous êtes. » Paulo Coelho – Le Zahir.

 

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@MarionGordien Crédit photo

 

Articles, Interview

Delphine Blast : « Cholitas, la revanche d’une génération »

Chapeau melon sur la tête, longues nattes, jupons et accessoires de couleurs vives: les Cholitas de La Paz, en Bolivie, ne passent pas inaperçues ! Photographe indépendante, Delphine Blast met à l’honneur ces femmes d’origine indigène, en les suivant dans leur quotidien et en les immortalisant le temps d’un portrait. 

Exposition Chata Gallery du 7 au 20 novembre –  14 rue du Château d’Eau, Paris 10ème

 

Que désigne les « Cholitas » ?

À l’origine, le terme vient de « chola » qui désigne à l’époque un « bâtard ». Au XVIe siècle les espagnols ont récupéré ce mot en « Cholita » pour discriminer les femmes métisses dont les ancêtres étaient mixtes : américain et indigène. Aujourd’hui, « Cholita » désigne une femme indigène d’origine Aymara (peuple qui vit sur les hauts plateaux andins). En Bolivie, ce terme désigne plus globalement un mode de vie.

Être Cholitas, c’est aussi porter une tenue traditionnelle ?

Ce sont les colons espagnols qui ont d’abord imposé cette tenue traditionnelle après une révolution au XVIIIe siècle, afin de les différencier dans la société. On aura le chapeau melon, le châle, les jupons, les motifs et les longues nattes. Aujourd’hui, les tissus utilisés sont très colorés, mais cela évolue au fil des siècles avec la mode: à l’époque par exemple, les tons étaient pastels, les châles plutôt de couleurs sombres.

 

« C’est tellement devenu à la mode, que de nombreuses boliviennes non indigènes se déguisent en Cholitas ! »

 

Cholitas_2© Delphine Blast
© Delphine Blast

 

Il y a des défilés de mode « Cholitas », des écoles de mannequinat, les tissus et les motifs  se sont beaucoup modernisés, occidentalisés, parfois un peu trop où dans certains cas, cela a créé une polémique… En 2015 à l’occasion de la fête du Gran Poder à La Paz, les organisateurs ont interdit certaines variations de la tenue Cholitas, comme des décolletés trop prononcés, le dos découvert ou le fait de mettre deux broches sur le châle au lieu d’une seule. Le but étant de sauvegarder les tenues traditionnelles et « l’essence même de la Cholita de La Paz« .

 

Trois mots qui, pour vous, définissent les Cholitas que vous avez suivi? 

Fières – Inspirantes – Femmes fortes

 

Comment s’articule l’exposition ?

L’exposition rassemble une partie historique (archives, photos d’époques), des portraits studios ainsi qu’une partie reportage, où l’on suit des Cholitas dans leur quotidien. Elles symbolisent la dignité retrouvée des populations indiennes.

 

Pourquoi ce choix ?

Le photo-reportage s’imposait, car je trouvais leur histoire très intéressante. Via leur quotidien, on y voit leur ambition et l’évolution de ces femmes dans la société bolivienne. Elles savent où elles vont, nombreuses combinent études et travail, leur statut de maman et de femmes indépendantes. Si elles ont longtemps été discriminées dans la société (pas accès à certains postes, ni à l’université etc.), aujourd’hui on voit des Cholitas dans tous les corps de métiers (de présentatrice à chauffeur de bus, dentiste ou membre du gouvernement…). Elles adaptent leur tenues à leur quotidien, chacune pour différentes raisons (côté pratique, par choix…).

 

Going to university
Natty Samo se rend tous les samedis matin à l’Université Technologique Bolivienne (UTB), dans la ville de El Alto, située à quelques kilomètes au dessus de La Paz, Bolivie, avril 2017.  © Delphine Blast

 

Concernant la série de portraits, c’était la première fois que je travaillais en studio. C’était un véritable challenge! Avec ces tirages, je voulais valoriser ces jeunes femmes, montrer l’évolution des Cholitas, loin de l’image occidentalisée que l’on peut avoir de la Cholita, cette « mamie présente sur les marchés » (bien qu’elles existent toujours!). Je voulais mettre en valeur cette nouvelle génération, ce côté élégant, cette force et cette fierté qui leurs sont propres. Le cercle derrière elles représente la Terre Mère, symboliquement leur origine Aymara, les racines des Cholitas. Leur tenue, les couleurs vives et les bijoux représentent la modernité, la fraîcheur et expriment toute la beauté de ces femmes.

 

Longtemps discriminées dans leur pays, quel a été le déclic qui a fait qu’elle sont à nouveau sur le devant de la scène, dignes et fières ?

Le changement s’est fait progressivement. L’arrivée au pouvoir en 2006 du président Evo Morales y a contribué. C’était un des premiers présidents à apparaître avec le tissu traditionnel bolivien, à mettre des Cholitas au pouvoir. On a aussi des figures emblématiques qui ont accentuées le phénomène, comme Dona Remedios Loza. la première Cholita à occuper une place au parlement en Bolivie et la première femme à se présenter à la présidence des élections de 1997. Des émissions ont aussi eu un rôle, telle que « radio televisión popúlar », dont l’objectif était de donner la voix aux sans-voix.

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Dona Remedios Loza (née en 1949), députée de 1998-2002

 

Grâce à cette exposition, on se rend compte également de l’évolution de ces Cholitas au sein de la société? 

Oui, d’où l’importance d’avoir intégré à cette exposition une partie historique, afin de montrer de quelle manière étaient discriminées ces femmes et pourquoi. J’ai eu du mal à trouver des articles de presse dans les archives, car on parlait très peu des Cholitas à l’époque.

Pendant mes recherches, j’ai eu la chance de découvrir le travail incroyable de deux photographes boliviens : Julio Cordero et Damián Ayma Zepita, dont on retrouve le travail au Musée San Francisco et au Musée National d’Ethnographie et de Folklore.

L’histoire des Cholitas en Bolivie est très complexe, tout comme leur évolution au sein de la société. En effet, elles n’ont pas toutes été discriminées, il y a eu une élite de Cholitas, comme le montre une partie du travail de Julio Cordero.

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Fête familiale de la classe étudiante  « Chola Paceña » année 1910 @Julio Cordero Castillo

 

« Cholitas » s’inscrit également dans un projet plus global sur l’évolution de la place des femmes dans les sociétés en Amérique Latine ?

J’ai toujours été attirée par l’Amérique Latine, où je m’y sens chez moi. Tous les pays de ce continent sont en pleine mutation économique et sociale. Certains pays, comme la Colombie, souffrent encore d’une image négative à l’international (drogue, pauvreté, violence…), alors qu’il y a plein d’autres choses qui font le quotidien de ces gens. Avec des projets comme les « Cholitas » en Bolivie, ou « Quinceñeras » en Colombie, je me questionne:

 

« Comment fait-on, en tant que femme, pour évoluer dans un pays un peu machiste. J’ai décidé de raconter ces histoires-là, qu’on ne connaît pas vraiment en Occident. »

 

Cholitas © Delphine Blast
© Delphine Blast

« C’est important que dans mon travail, à mon niveau, je me sente utile. La photographie est un peu un prétexte pour aller à la rencontre de ces gens dont on parle peu, mais qui méritent d’être connus. »

 

Quel message voulez-vous faire passer au travers cette exposition?

J’aimerais apporter une autre image de la Bolivie via l’histoire de ces femmes.

 

Pour aller plus loin :

Delphine Blast : site internet et Instagram 

Présence de D.B à « Paris Photo » au Grand Palais du 9 au 12 novembre pour la signature du livre « Cholitas ». 

L’exposition à Bordeaux : festival les Nuits Noires photographiques du 18 janvier au 24 février 2018, au Forum à Talence.

 

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Delphine Blast finalise son visa pour vivre en Bolivie. © Jacob Khrist