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Aïcha : »une main sur le coeur, je la regarde et me dis: et si c’était moi…? »

Women Sense Tour est un projet documentaire mis sur pied par Sarah Zouak, partie 5 mois dans 5 pays musulmans (Maroc, Tunisie, Turquie, Iran, Indonésie) à la rencontre de femmes musulmanes inspirantes et engagées dans l’émancipation des femmes. C’est à une des projections du premier épisode du WST au Maroc, qu’elle nous parle de sa démarche, avec Justine Devillaine, co-fondatrice de son association Lallab, créée en décembre 2015. 

 

 

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(Extrait du documentaire) : Aïcha Ech-Chenna, Fondatrice et Présidente de l’association Solidarité Féminine à Casablanca :

« Quand je vois arriver ces femmes devant moi, je pose une main sur le cœur, je les regarde et je me dis : « et si c’était moi… »

 

Et si c’était moi, femme française musulmane, que l’on regardait d’un air méfiant, que l’on insultait…

Et si c’était moi, femme française musulmane, qui se voyait refuser l’accès à la formation,

Et si c’était moi, vous, nous toutes femmes, qui subissions au quotidien ce genre de discriminations ?

 

C’est dans une ambiance intimiste, que l’on partage le quotidien et l’histoire de ces cinq femmes marocaines. Des femmes sans aucuns doutes inspirantes, dont le regard sur la société et sur leur religion invite à la réflexion, à un message de tolérance et d’acceptation de l’autre. C’est dans leur détermination, leur sensibilité et leurs actions qu’elles endossent ce côté extraordinaire, une inspiration pour toutes les femmes à être actrices de leur propre vie.

Sarah Zouak et sa co-réalisatrice Justine Devillaine, détruisent les stéréotypes que l’on peut avoir sur les femmes musulmanes en Occident et dans le monde, par la plus efficace des manières : leur donner la parole.

 

 

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Sarah, peux-tu me dire comment a débuté le projet « Women Sense Tour » ?

Trois choses ont fait que j’ai décidé de fonder le WST. La première : mes identités. En tant que jeune femme française, marocaine et musulmane, je suis née dans un pays où les médias ne te donnent pas de modèles de femmes musulmanes, sinon une image plein de clichés, ce qui joue énormément sur ta construction. On parle tous les jours d’elles en France, mais on ne leur donne jamais la parole…

 

Toute ma vie, on me disait que j’étais une « exception », comme si je ne correspondait pas à l’image qu’en France, les gens avaient d’une femme musulmane : soumise, oppressée, sans aucun libre-arbitre. Ce qui a fait de moi une fille tiraillée entre mes différentes identités, toujours en train de chercher un équilibre dans tous ça. Cela fait 25 ans qu’on m’explique que je dois choisir entre toutes mes identités, que si je veux être une femme émancipée, je dois mettre de coté ma foi. Je ne suis pas d’accord.

 

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Sarah Zouak, entrepreneure sociale, réalisatrice et féministe

 

Enfin, en 2014, lors de mon master à l’IRIS, j’ai choisi de faire mon mémoire sur les féministes musulmanes. Ma directrice de mémoire, reconnue dans la société comme grande féministe, ne m’a pas soutenu et m’a dit que le « féminisme » et la religion « musulmane » ne pouvaient être associés ensemble, qu’il fallait choisir entre l’un ou l’autre. Ça a été la goutte d’eau, plutôt violente pour moi, qui a fini d’actionner le lancement de ce projet.

 

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Je me suis donc dis que j’allais montrer ces modèles de 25 femmes qu’on n’a pas l’habitude de voir ni d’entendre, des modèles que petites, j’aurais aimé voir et qui m’auraient aidé à me construire. J’ai d’abord commencé à aller dans les pays musulmans (un mois dans chaque), car généralement, on me dit que si je suis aussi féministe et émancipée, c’est parce que je suis française… C’est pourquoi j’ai commencé par montrer ces femmes là où l’on s’imagine que c’est le pire, dans des pays musulmans, avant de montrer qu’il y en a plein en France.

 

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Pourquoi avoir arrêté ton choix sur ces cinq pays musulmans ?

 

Le Maroc me tenait à cœur, car je suis marocaine. C’était important pour moi de découvrir ce pays dans d’autres circonstances que les vacances.

Je voulais un pays touché par la révolution, voir comment les femmes vivaient aujourd’hui. J’ai donc porté mon choix sur la Tunisie.

Je trouvais intéressant d’avoir la Turquie, un pays musulman qui se dit laïque, et un pays où l’on avait beaucoup de fantasmes : l’Iran.

Enfin, l’Indonésie, car c’est le premier pays musulmans au monde, alors qu’en France, lorsqu’on évoque la religion musulmane, on pense en premier lieu aux pays du Maghreb.

 

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Trouver ces 25 femmes musulmanes engagées a-t-il été difficile?

 

Trouver ces intervenantes a été relativement simple ! Je ne partais pas dans un pays tant que je ne les avais pas identifiées. On a néanmoins rencontré deux difficultés :

D’abord, je voulais absolument qu’il y ait une femme issue d’un milieu rural dans chacun des cinq pays. Ce qui n’était pas évident, car elles n’ont pas de sites internet ou de page Facebook pour les trouver et les contacter.

Enfin, l’Iran a été le seul pays où l’on est partie avec Justine sans avoir pu identifier toutes les femmes. Nous n’en avions trouvé que deux. On nous disait que des femmes engagées là-bas, cela n’existait pas; soit elles étaient en exils, soit en prison! Arrivé sur place, après avoir rencontré la première intervenante et lui avoir avoué notre impasse, elle nous a ri au nez, a pris son téléphone et a appelé toutes ses amies militantes ! Comme quoi, il ne faut pas se fier aveuglément aux informations…

 

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Quels ont été les principaux obstacles que tu as eus à la réalisation de ce projet ?

 

Les principaux obstacles se sont concentrés avant et après le tournage. Je ne m’étais pas rendue compte qu’en France, travailler sur la thématique des femmes musulmanes était quasi impossible : personne ne voulait soutenir financièrement ce projet. On a un problème en France avec la religion : on est incapable d’en parler de façon sereine, il faut toujours qu’on oppose à tort « laïcité » et « religions ». Par exemple, à la suite de la création de notre association féministe (« Lallab »), on a voulu ouvrir un compte en banque au Crédit Agricole, qui nous l’a refusé, car nous sommes une association en faveur des femmes musulmanes. Selon eux, nos fonds allaient forcément provenir de Daesh ou du Qatar ! C’est aberrant d’être victime de discrimination, alors même qu’on essaie de lutter contre !

Les plus grosses difficultés sont apparues à notre retour, lorsqu’avec Justine, on a décidé d’aller plus loin et de créer l’association féministe « Lallab » (déc 2015), qui soutient tout particulièrement les femmes musulmanes victimes de discriminations.

 

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Épisode WST 1 au Maroc 

 

Les clichés persistent et malgré une grosse couverture médiatique, on a du faire preuve de vigilance quant aux faux messages publiés par les médias tels que : « Sarah est partie faire un tour dans les pays musulmans pour libérer les femmes ! »

Autre exemple, et dieu sait qu’on a beaucoup d’anecdotes ; Une journaliste d’une très grande radio française intéressée par notre projet WST, vient me voir après que lui ai envoyé un extrait d’une intervenante marocaine : « Elle parle trop bien français, vous n’auriez pas plutôt une femme avec un accent, pour que les auditeurs comprennent qu’elle est musulmane… » C’était catastrophique !

 

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Asmae Lamrabet propose une nouvelle lecture du Coran, féministe et moderne.

 

Il y a énormément de grosses problématiques dans notre pays sur les femmes musulmanes. Plus on essaie de faire entendre nos voix, plus on se prend de la violence ! On a été victime de deux campagnes de cyber-harcèlement sur Twitter et Facebook, ce qui a été très difficile à gérer : le racisme en France est très présent.

 

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Sarah Zouak, lauréate du prix « Déclics Jeunes » de la Fondation de France;  lauréate du prix Coexister 2016 « Femme Française Emergente » et prix Gafa dans la catégorie « Militante Associative »

 

Les clichés et discriminations se forgent extrêmement tôt, comme on a pu le constater lors de nos interventions dans les collèges et lycées. On fait un exercice où les élèves ont cinq minutes pour écrire tous les mots qui leur viennent en tête lorsqu’on leur dit : « femme musulmane ». 99% des écoliers écrivent : « femmes soumises », « femmes battues », « femme qui ne peut pas sortir de sa maison »… « Couscous » « thé a la menthe » (Au moins on sait cuisiner, rires!) Plus grave : « femmes qui devraient rentrer chez elle », « contre la laïcité » ou encore une enfant qui me dit : « J’ai interdiction de parler à des musulmans, c’est à cause de vous qu’il y a des bombes en France… »!

 

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Ce sont déjà plus de 60 projections faites du WST dans toute la France

 

Dans le WST, il y a d’un côté le documentaire et de l’autre une aide aux femmes entrepreneures, peux-tu m’en dire plus ?

Ayant fait une formation dans le social et dans la gestion de projet, je voulais aussi leur apporter quelque chose ; une sorte d’échange. J’ai donc organisé pour chacune d’entre elles des ateliers de brainstorming, pour travailler sur un défi qu’elles rencontraient. Elles me parlaient d’une problématique, on invitait plein de personnes et on essayait en 2h de trouver des solutions adaptées. C’était très intéressant ! On a par exemple au Maroc Khadija Elharim, première fondatrice de la région d’une coopérative féminine d’argan. Sa problématique était qu’elles produisaient plus de produits qu’elles n’en vendaient.

Ou encore en Indonésie, Lita Angraini, fondatrice de l’association National Network of Domestic Workers, voulait créer une école pour ces femmes de ménage. Le problème était de trouver des façons de convaincre les personnes chez qui elles travaillaient d’accepter qu’elles y aillent.

 

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Fin d’atelier de brainstorming – Indonésie

 

Peux tu me donner trois mots pour décrire cette aventure WST ?

Inspirant. Ces femmes-là ont changé ma vie ! Aujourd’hui je suis sereine, je suis fière de toutes mes identités, j’assume qui je suis et le crie haut et fort ! (N’en déplaise à certains !)

Générosité. Dans toutes les rencontres que l’on a faites. Je ne voulais pas rencontrer ces femmes qu’une heure pour le documentaire ; c’étaient elles qui m’intéressaient ! Je partageais leur quotidien et je vivais avec elles plusieurs jours. Elles ont joué le jeu, et nous ont montré une extrême générosité.

Fun. Il faut le dire, on s’est éclaté ! On a vécu des aventures inoubliables, rencontré des gens incroyables, découvert tant de choses! On ne connaissait rien des pays où l’on allait, (Hormis la Tunisie et le Maroc), ce qui a laissé place à l’aventure et aux anecdotes !

En Indonésie par exemple, on avait rendez-vous dans un village rural, mais on était perdu… On est entré dans un bus on se disant qu’il allait connaître le lieu. Il a détourné le bus, a arrêté de prendre les gens et nous a accompagné dans tous les villages pour essayer de trouver celui où l’on devait aller. Il est finalement resté toute la journée avec nous !

 

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Sarah et Justine en Indonésie (#5 épisodes WST)

 

Il y a t-il un deuxième volet de Women Sense Tour de prévu ?

On va déjà sortir les quatre autres documentaires, mais plus tard j’aimerais bien que d’autres femmes, musulmanes et non musulmanes prennent cette thématique et aillent rencontrer à leur tour d’autres femmes, car il y a tant à voir, à faire, à dire : c’est juste passionnant !

 

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Sarah et Justine, les fondatrices de l’association Lallab 

 

Justine, pourquoi avoir intégré le projet WST et co-fonder l’association Lallab ?  

Je suis avant tout une féministe. Pour moi, il est important de parler et de défendre les droits de toutes les femmes. Le problème en France, c’est que le féminisme le plus médiatisé met de côté certains genres de discrimination, met certaines voix de côtés, comme celles des femmes musulmanes.

Je viens du Nord et j’ai grandit dans une famille plutôt raciste. La première femme musulmane que j’ai rencontré et avec qui j’ai bien discuté, j’avais 20ans…

Tout ce temps où je me disais féministe, je l’associais à celui que je voyais. J’ai mis du temps à comprendre et me rendre compte qu’il manquait des femmes non représentées.

 

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Lallab (« lalla » : madame et « Lab » :laboratoire) regroupe des femmes de tous les horizons.

 

Le « Women Sense Tour » répondait à plein de mes questions et le message principal que j’en tire c’est : « allez voir par vous même, n’écoutez pas les médias et les « on-dit.. ». C’est pourquoi à notre retour, on a décidé de sauter le pas et de créer l’association féministe « Lallab »! Le but est simple : déconstruire les préjugés principalement faites aux femmes musulmanes et inspirer toutes les femmes à être actrices de leur propre vie. En France, on a beaucoup de travail à faire… On a aujourd’hui au sein de l’association plus de deux cents bénévoles. En plus des projections du WST, on organise des débats, des ateliers de sensibilisation dans les écoles et diverses associations, mais aussi des évènements, toujours dans la joie et la bonne humeur, pour discuter autour de ces problématiques et déconstruire les préjugés. On propose également sur notre site un magazine en ligne qui relaye des articles écrits par des femmes musulmane, sur tous les sujets qu’elles souhaitent partager.

 

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Pour les suivre :

Site Women Sense Tour

Site association Lallab

Twitter et Facebook

 

Articles, Bons plans

12 conseils pour réussir ses photos de la vie sauvage

 

À l’occasion d’un voyage, on est souvent confronté à la faune d’un pays. La photographier peut s’avérer difficile, voire un vrai challenge ! Grégory Rohart, photographe spécialisé dans ce domaine et auteur de blogs de voyage nous livre ses conseils pour nous aider sur le terrain.

 

#1 Le matériel de base. L’idéal serait d’avoir un téléobjectif de 600mm. C’est une bonne focale pour pouvoir photographier la vie sauvage, y compris les oiseaux, sans trop les déranger dans leur habitat. Quant à choisir entre un zoom ou une focale fixe, les zooms sont plus légers et plus abordables au niveau des prix. La différence de poids se fera aussi en fonction du type de boitier (reflex ou hybride), les hybrides étant plus légers.

 

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#2 La patience. C’est essentiel pour ce type de photo! Par exemple, lorsque je suis parti photographier les bouquetins, je suis resté six heures. Lorsque l’on fait de la photo en affût *, on peut rester toute une journée, voire des jours si l’espèce observée est peu commune et rentrer sans résultats. Il n’y a jamais rien de garanti.

*types de caches intégrées au milieu de l’animal, mobiles ou non, temporaires ou permanentes

 

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Rhinoceros en Namibie

 

#3 N&B ou couleurs. certains photographes préfèrent le N&B, mais je suis plutôt couleurs, car j’aime être dans la restitution de ce qu’on observe. C’est un choix propre à chacun. J’aime photographier certaines espèces, comme le zèbre, en N&B : je trouve que cela fait d’avantage ressortir sa robe.

 

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Zèbre au Kruger NP @Grégory Rohart

 

#4 La photo parfaite. Il faut d’abord définir son sujet, avoir un bon cadrage, une belle lumière et après le reste est une affaire de réglages entre la vitesse, l’ouverture, l’exposition et les ISO. La chance ne va pas jouer dans la réalisation de la photo, mais elle peut être dans la rencontre avec l’animal.

 

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@Grégory Rohart

 

#5 Provoquer la chance. Je suis allé à trois reprises dans le parc national Kruger (Afrique du Sud), ce qui, additionné, fait plus de six semaines. À mon premier voyage en 1999, j’y suis allé avec l’envie de voir les animaux, mais je ne connaissais pas bien leurs milieux. Finalement, les rencontres avec eux se sont faites avec de la chance. Lors de mes deux derniers séjours, le hasard était beaucoup moins présent, je le provoquais : je connaissais les écosystèmes de certaines espèces, je savais où chercher dans le parc, donc j’avais plus de chances de photographier les animaux que je souhaitais.

 

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Lionceau au Kruger – Afrique du Sud @Grégory Rohart

 

#6 L’observation. Cela dépend de la manière que l’on a choisi pour photographier la vie sauvage. En safari par exemple, on est en voiture, donc l’observation est peu présente. Lorsque l’on est à pied pour un projet, en prenant l’exemple de mon weekend dans les Hautes Alpes pour photographier le bouquetin, la démarche est différente. Avant de partir en montagne, on fait un premier travail d’observation en vallée avec les jumelles pour repérer un troupeau. Si on ne le fait pas, on pourrait marcher des jours en montagne sans croiser un bouquetin !

 

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Cliché d’un bouquetin mâle – Hautes Alpes – @Grégory Rohart

 

 

#7 L’approche. Elle se fait à pied, progressive et dans le silence, souvent près du sol pour ne pas effrayer l’animal en étant plus grand que lui. Lorsque l’on est en affût, on attend, silencieux, ou on se déplace lentement s’il est mobile. Je mets des tenues discrètes en terme de couleurs (entre le gris et le vert kaki). On peut avoir une tenue de camouflage, mais le mieux serait d’en avoir une adaptée à l’écosystème dans lequel on va photographier le sujet.

Une fois que j’ai trouvé ma distance, je me pose et j’attends de voir si les animaux vont passer autour de moi. Se faire accepter, c’est un peu l’idée ! On observe et on fait quelques photos pour que les animaux s’habituent au bruit du déclencheur. Et puis il y a un moment où l’on sent qu’on peut s’approcher un peu plus sans que les animaux nous fuient… Ils nous ont accepté.

 

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Oryx etosha Natipark – Namibie

 

#8 Être à l’aise. Pour être à l’aise sur ce type de photos, il faut savoir maitriser son boitier pour pouvoir passer en mode manuel, mais aussi connaître les techniques classiques de la photographie en général (exposition, vitesse, ouverture, ISO, cadrage).

 

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Au Kruger – Afrique du Sud @Grégory Rohart

 

 

#9 Être créatif. Comme un peu tous sujets en photo, l’idée est de sortir de l’ordinaire, ce qui est plus ou moins réalisable selon l’environnement où l’on se trouve. C’est plus dur dans un safari, car on est coincé dans son véhicule… Mais on peut imaginer par exemple faire un survol en montgolfière au Kenya, ce qui permettrait de faire des photos vues du ciel et de proposer un autre angle. On peut rechercher certains types d’affûts : pour photographier les canards, il y a en a qui sont directement placés dans le port à hauteur d’eau. L’angle de vue est à ras des vagues, donc on propose des images créatives et bien plus intéressantes que si elles avaient été prises depuis la côte.

 

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Réserve de Giants Castle -Afrique du Sud @Grégory Rohart

 

#10 La sécurité. C’est très variable selon l’animal que l’on veut photographier (prédateurs ou non). Sur un safari, les règles vont être de ne pas sortir du véhicule, car les animaux sont sauvages. Il faut garder en tête d’être toujours vigilant : on a tous nos humeurs… comme les animaux ! J’ai participé à une randonnée de quatre jours au parc Kruger et dans ce cas-ci, la notion de sécurité est décuplée. On sent qu’on n’est plus sur notre territoire, que l’on est potentiellement une proie… Tous nos sens sont en éveil ! On applique les consignes que nous dictent les rangers et on les reproduit au quotidien : cela peut être pour trouver un lieu de bivouac sécurisé (à côté d’un point d’eau peu profond pour limiter le risque de présence de crocodiles, que ce ne soit pas un lieu de passage d’hippopotames…) On marchait dans le lit de la rivière la journée, de façon à ce que les animaux nous voient, tout comme nous pouvions les voir de loin ! Ce qu’on ne veut surtout pas faire, c’est de surprendre un animal, car c’est à ce moment-là qu’on se met en danger…

 

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Désert Namid Homed en Namibie @Grégory Rohart

 

#11 Accessoires. Pour moi, les indispensables restent les jumelles et le bean bag (un sac que l’on remplit de riz par exemple), qui va servir de support au téléobjectif. L’image sera stabilisée et l’on diminuera le risque qu’elle soit floue. On peut éventuellement prendre un flash pour les photos de nuits ou une lampe puissante pour éclairer. Je m’équipe toujours d’une carte de la zone où je pars photographier : les écosystèmes y sont décrits, ce qui va faciliter la recherche des animaux.

 

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Vautours en Afrique du Sud @Grégory Rohart

 

 

#12 Sauvegarde: Tous les jours, je vide mes cartes mémoires et je fais une double sauvegarde. Je les regarde un peu sur place, parfois j’en sélectionne quelques unes pour les partager sur les réseaux s’il y a une connexion internet, mais toutes les photos sont retravaillées dans Lightroom à mon retour.

 

Merci à Grégory ROHART.

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Grégory Rohart, photographe, blogueur

 

Découvrir plus de photos et de conseils sur la photographie de la vie sauvage :

Grégory Rohart:

Articles, Interview

Aurélie: « On est capable de plus de choses qu’on ne pense… Repousser ses propres limites en fait partie! »

« Iwheeltravel », c’est le blog d’Aurélie, destiné à toutes les personnes en situation de handicap qui souhaiteraient avoir des bons plans sur des destinations et voyager. Cela fait déjà 10 mois qu’elle est partie avec son copain Franck en PVT Nouvelle-Zélande. À 30 ans, cette ancienne juriste prouve que quel que soit la nature de nos limites (avec ou sans handicap), le voyage est à portée de main…

 

Peux-tu me parler de ton handicap ?

J’ai une maladie dégénérative qui s’appelle le « Strümpell-Lorrain ». J’en ai la forme la moins agressive, où seulement mes membres inférieurs sont touchés. J’ai eu les premiers signes de la maladie à mes 13 ans, et depuis je perds mes facultés à marcher petit à petit. Aujourd’hui, je peux toujours marcher sur des courtes distances, prendre les escaliers (…) mais pour le reste du temps, je suis en fauteuil roulant.

 

 

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Franck et Aurélie en Nouvelle-Zélande @Iwheeltravel

 

 

Quel a été le déclic de ce goût du voyage ?

J’ai toujours eu l’envie de voyager… J’ai finalement attendu la fin de mes études et mes premiers salaires pour partir trois semaines au Japon avec Franck, mon copain. Pour moi, deux déclics se sont opérés: d’abord ce goût pour la découverte des autres cultures et ce sentiment de liberté que procure le voyage. Enfin, cela m’a permis d’accéder à un autre stade d’acceptation de ma maladie. Je me suis rendue compte que je me posais beaucoup de limites moi-même et que je pouvais les dépasser. J’étais bel et bien là, avec mon handicap, à voyager, heureuse !

 

« Ce que je préfère en voyage, c’est de rencontrer des locaux, découvrir leur histoire, leur façon de vivre. »

 

 

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Nouvelle-Zélande @Aurélie

 

 

Est-ce que l’accessibilité est un critère essentiel aux destinations que tu choisis ?

Pas vraiment… et cela l’est de moins en moins je pense. C’est vrai que jusqu’ici, les destinations qui pouvaient m’intéresser étaient des pays développés, qui avaient donc globalement de bonnes infrastructures. Dans deux mois, je m’oriente vers autre chose en voyageant en Asie avec Franck. Dans tous les cas, je vais bien sûr regarder ce qui se fait sur place, mais que les infrastructures soient là ou non, je ne vais pas me priver! Cela va peut-être me demander plus de temps à organiser et à réfléchir sur ma façon de voyager, mais je ne vais pas éviter le pays pour autant ! Bon… je dis ça maintenant; une fois en Asie, ce sera peut-être autre chose ! (rires)

 

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@Nouvelle-Zélande @Aurélie

 

Quel a été votre programme en Nouvelle-Zélande?

Les trois premiers mois, on a fait un road trip : on visitait et on faisait du Helpx chez les habitants (logé et nourrit en échange de quelques heures de travail par jour). Ensuite on s’est installé à Wellington, où Franck a trouvé un travail. Il nous assurait une sécurité financière, j’ai donc fait le choix de mettre un terme à ma carrière de juriste, qui ne me convenait plus, pour me consacrer à fond dans le développement de mon blog et m’orienter dans un futur proche vers le tourisme accessible.

 

Avais-tu des peurs avant de te lancer, que tu n’as plus maintenant sur place?

Comme beaucoup, j’avais une appréhension quant à l’anglais… Je peux dire maintenant que grâce à la pratique, je l’ai dépassée ! Des appréhensions nouvelles, je commence à en avoir, notamment avec notre voyage en Asie qui se profile, quant aux difficultés pour me déplacer… Je pense que même s’il y a plus de sources de difficultés, je les envisage plus sereinement maintenant, que si j’avais dû les affronter avant… Le voyage m’a appris à être moins cadrée et à laisser plus de place à l’imprévu.

 

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Aurélie à cheval en Nouvelle-Zélande @Iwheeltravel

 

Comment les gens accueillent ton handicap?

Les Néo-Zélandais sont très accueillants et prévenants envers les personnes en situation de handicap. Les personnes chez qui on a logé dans le cadre du Helpx, ont toujours fait en sorte d’aménager mon temps pour que cela ne me pose pas de problème, elles me laissaient le choix des tâches à faire. Je n’ai jamais senti une quelconque gêne. C’est grâce à la première famille que j’ai su que l’on pouvait aller faire du ski adapté. Ils m’ont même fait rencontrer un organisme national qui s’occupe de l’équitation pour personnes handicapées. Une autre famille m’avait parlé d’une personne qui développait un nouveau type de fauteuil roulant, et de fil en aiguille, je l’ai rencontré et j’ai testé leur nouveauté !

 

« Je ne me suis jamais sentie en rejet. Parfois les gens ne savent pas trop quel comportement adopter, mais ça, c’est pareil dans n’importe quel pays. »

 

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@Aurélie

 

Pour quelles raisons as-tu décidé de faire ce blog ?

Faire ce blog m’est venu assez naturellement… Quand on a décidé de partir, il a quand même fallu que je cherche des informations sur l’accessibilité du pays, autant d’un point de vue touristique, que pratique de la vie de tous les jours, car on ne savait pas encore si on allait se poser dans une ville. Le constat était là : ce genre d’informations, qui plus est en français, n’est pas simple à trouver… Par le biais de mon blog, je me suis dit que cela permettrait à la famille de nous suivre, mais que ce serait aussi une source d’informations pour des personnes en situation de handicap, qui ont des appréhensions pour partir et qui ne veulent pas prendre le risque voyager à l’autre bout du monde sans savoir ce qui les attend!

 

« Je souhaite vraiment qu’elles puissent se sentir plus en confiance avec leur handicap, avec le fait de voyager et pourquoi pas les aider à sauter le pas à leur tour! »

 

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Nouvelle-Zélande @Iwheeltravel

 

Quels conseils donnerais-tu aux personnes ayant un handicap pour sauter le pas?

Je leur dirai de se faire plus confiance… On est largement capable de plus de choses qu’on ne pense… repousser ses propres limites en fait partie. C’est vraiment un travail personnel que nous seuls pouvons faire. C’est sûr que voyager nous demande plus de temps, avec une recherche d’information plus importante que pour des personnes valides, mais il faut juste « oser ».

 

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Aurélie et Franck @Iwheeltravel

 

As-tu des clefs à partager pour repousser tes limites ?

Pour ma part, c’était un concours de circonstances : ce que j’avais en France ne me convenait pas, j’ai donc vite été poussée à prendre cette décision de partir en PVT. Je suis consciente que partir à deux est plus simple que de partir seule, mais il ne faut pas hésiter à trouver d’autres voyageurs pour vous accompagner. N’hésitez pas à poser des questions, il existe plein de forums, de groupes et de conseils sur des blogs…

 

« On a la chance de faire partie de cette génération de nouvelles technologies donc profitons des réseaux sociaux et d’internet intelligemment ! »

  

Quelle est la chose dont tu es le plus fière dans ton voyage ?

Le moment qui me vient à l’esprit est celui où j’ai skié pendant deux jours, au début de notre voyage en Nouvelle-Zélande. C’était la première fois que je mettais un pied sur un ski ! Et c’était assez foufou (rires) ! J’étais assez émue d’en faire… J’avais comme une barrière en moins. Je me suis rendue compte que ce serait par la suite un moment que je pourrai partager avec des amis et ma famille…

 

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Aurélie sur des skis adaptés au handicap @Iwheeltravel

 

Quelle est la chose que tu rêverais de faire ?

J’ai un projet qui me tient à cœur, ma ligne directrice : celui de travailler dans le voyage accessible. C’est ce qui nous guidera Franck et moi sur la destination où l’on vivra…

 

 

Aurélie:

 

Articles, Interview

Julien Vasseur: « Le problème est de savoir si le changement climatique est trop rapide et de déterminer si les espèces présentes vont être capable de s’adapter aussi vite… »

Partir 15 mois en Terre Adélie, soit à plus de 15 000 km de la France, Julien Vasseur, ornithologue, n’a pas hésité une seconde ! Après avoir postulé auprès du CNRS de Chizé, il part le 18 octobre 2015 en qualité d’écologue pour observer la faune. Deux mois après son retour d’Antarctique, il nous fait part de ses observations.

 

Pour quelles raisons as-tu postulé pour cette 66e mission sur la base Dumont D’Urville?

 

L’idée de pouvoir côtoyer dans le cadre de mon travail des espèces animales qu’on ne voit nul par ailleurs et qu’on peut difficilement approcher m’a plu ! Quand j’ai découvert qu’on pouvait choisir d’aller en Terre Adélie, je me suis dit :

 

« Quitte à partir dans un endroit, qu’il soit le plus loin possible et que ce soit dans des conditions climatiques et humaines uniques ! »

 

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Quelle est ta mission sur place ?

En tant qu’écologue, je travaille sur toutes les espèces d’oiseaux présentes sur ces îles et sur les mammifères marin : les phoques de Weddell, les seuls phoques qui se reproduisent en Terre Adélie. On effectue des prises d’échantillons sur les espèces, on évalue leur succès reproducteur et on observe leurs comportements. Pour certaines espèces, on continue également le relevé des données des transpondeurs qui nous renseignent sur leurs déplacements en période d’alimentation ou de reproduction.

 

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@Julien Vasseur

 

Quelles espèces d’oiseaux peut-on croiser en Terre Adélie?

Ici, il y en a peu. On dénombre neuf espèces qui viennent s’y reproduire: deux espèces de manchots : Empereurs et Adélie. La famille des procellariiformes (ordre d’oiseaux de mer), qui regroupe le pétrel des neiges, le damier du Cap, l’océanite de Wilson, le Fulmar antarctique et le Pétrel géant Antarctique. Enfin, deux autres espèces de laridés : le skua antarctique et subantarctique.

 

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As-tu eu une formation sur ces espèces avant de partir ?

Après le recrutement selon notre formation et notre spécialité, on passe un mois et demi voir deux au centre de formation du CNRS. On fait par exemple de la bibliographie sur les espèces que l’on va étudier : il s’agit de bien connaître les périodes où elles arrivent, quand elles se mettent en couple, lorsqu’elles pondent leur premier œuf, le moment de l’éclosion, le nourrissage du poussin et son émancipation.

 

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Il faut aussi connaître le terrain où l’on va, ainsi que toutes les îles de là-bas (Terre Adélie, l’archipel de Kerguelen, l’île de Crozet et l’île d’Amsterdam) où se trouvent les oiseaux. Les cas pratiques font également partis de l’entraînement : connaître les différents types de bagues que l’on pose, leur lecture et la manipulation des animaux, car une fois sur place, on n’utilise pas les mêmes sur les espèces terrestres et marines. On met des bagues en métal au niveau des pattes des oiseaux terrestres et pour les oiseaux marins, comme les manchots, on leur met un petit transpondeur sous la peau, l’équivalent d’une puce.

 

Ce marquage est donc essentiel au travail d’observation ?

Les bagues permettent de donner une identité à l’animal. À chaque fois qu’on va le contacter à un temps donné, on pourra connaître son identité, son parcours, s’il vient se reproduire. On va même pouvoir retrouver la « carte d’identité » de son partenaire, savoir s’il a choisi le même que l’an passé, s’il a eu un œuf ou si le poussin a réussi à s’envoler. Avec cette technologie, on a réussi à recréer des petits arbres généalogiques. Le seul inconvénient avec ces bagues en métal à la patte, c’est qu’il faut « recontacter » l’oiseau pour avoir les informations.

 

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Julien Vasseur baguant un poussin de skua Antarctique. @StevenForest

 

Lorsque tu arrives sur place, te bases-tu sur les données des années passées ?

On est un observatoire à long terme qui a plus de soixante ans ! Le but de ces travaux est de le faire perdurer. Chaque année, il y a des gens comme moi qui restent pendant quinze mois, qui continuent de faire ce marquage sur les animaux et de contrôler l’état des populations, de faire un dénombrement pour voir globalement quel est l’état de santé de ces animaux. Quand j’arrive sur place, j’ai déjà à ma porté tous les documents des années précédentes, sur papier ou informatique, et je peux voir les observations faites sur une espèce donnée. Je vais ensuite comparer mes données avec celles des années passées pour tirer une tendance, une évolution des populations : si c’est une bonne, moyenne ou mauvaise année pour l’espèce concernée.

 

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Colonie de manchots empereurs en début d’été

 

Quelles tendances as-tu soulignées sur les conséquences du changement climatique par rapport aux espèces que tu étudiais (2015-2016) ?

Concernant le changement climatique, on ne peut pas vraiment avoir un jugement sur ce laps de temps, parce que les conditions sont très variables : on peut avoir un environnement qui change d’une année sur l’autre. Si on regarde sur plusieurs années ou depuis le début de l’observation en Terre Adélie (1956), on observe un phénomène d’englacement : sur cette partie, plus ça va et plus il y a de glace… De l’autre côté de la péninsule, c’est le contraire : on a un phénomène de déglacement très rapide et prononcé.

 

« Le problème est de savoir si ce changement climatique est trop rapide, et si oui, de déterminer si les espèces présentes vont être capable de s’adapter aussi rapidement… »

 

Quelle est l’espèce la plus menacée par ces changements?

Les données récoltées depuis plus de cinquante ans sur le Manchot empereur révèlent que cette espèce se trouve en danger pour les années futures à cause des changements climatiques. C’est l’oiseau le plus sensible à son environnement et celui qui a le plus de mal à palier à un changement brutal.

 

« D’ici 2100, si les conditions continuent de s’aggraver, cette espèce pourrait disparaître de la Terre Adélie… »

 

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« Les manchots n’ont pas de territoire. C’est la banquise et ils se déplacent dessus avec leur oeuf, leur poussin. La manchotière est considérée comme un endroit protégé. » @JulienVasseur

 

Les manchots empereurs ont besoin de la glace pour se reproduire. La présence de glace signifie pour lui celle de nourriture (krill) pour assurer sa survie et celle de son poussin. Sans glace, il ne se reproduit pas. À l’inverse, trop de glace signifie une chance quasi nulle pour la survie des poussins à naître… Ce sont des oiseaux qui se reproduisent sur le continent et qui vont s’alimenter en mer, donc plus il y aura de la glace, plus les distances à parcourir entre leur lieu d’alimentation et leur lieu de nourrissage sera grand. S’ils mettent trop de temps, leurs poussins mourront ; c’est malheureusement ce qui s’est produit en 2016…

« Plus de 75% des poussins sont morts cette année : soit 4000 poussins pour peut-être 200 qui ont survécus… »

 

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Quand je suis arrivé avec l’Astrolabe en 2015, on était à quai au niveau de l’île de Pétrel. En fin d’été 2016 il était encore à 80km de l’île, donc les manchots faisaient au moins 80km pour aller s’alimenter en mer… Contrairement à 2015, lors de ma première année, on a eu le phénomène inverse : 3200 poussins sur environ 4000 ont survécus, du moins sont partis à la mer. Car une fois en mer, il y a toujours un taux de mortalité causé par les prédateurs.

 

Ne peut-on vraiment pas intervenir dans ce cas de figure… ?

 

C’est un problème d’éthique et personnel. Ces oiseaux-là, on les a vu arriver, se reproduire, on a vu leurs poussins éclore, on était tous les jours à coté d’eux… Sentimentalement parlant, on fini par s’attacher à ces oiseaux. Donc passer des journées à ramasser des corps, sachant que cela fait trois mois qu’on les suit, c’est très dur… Mais on ne peut rien faire. Même si on avait la volonté de sauver un poussin en train de mourir, nous n’aurions pas le droit d’intervenir, car c’est une espèce protégée. Si on le faisait quand même, on ne garanti en rien que l’oiseau survivra, car il a été abandonné par ses parents, qui ne reviendront probablement jamais dans la manchotière pour lui. Et si on le garde jusqu’à l’âge adulte, là par contre, il n’aura pas eu l’apprentissage naturel avec ses congénères… On ne sait donc pas comment il survivra en pleine mer, s’il s’alimentera normalement, retrouvera des congénères et se reproduira. À l’heure actuelle, on ne sait pas le comportement qu’aura un manchot empereur élevé en captivité et relâché en milieu sauvage… C’est trop complexe.

 

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Qu’en est-il des autres espèces d’oiseaux ?

Avec les oiseaux, c’est différent, il y a d’autres variables. Ils arrivent à trouver à manger, car les oiseaux volants sont beaucoup plus rapides et peuvent parcourir des distances plus grandes dans un laps de temps plus court. Mais si on prend le pétrel des neiges par exemple, sa reproduction est très fluctuante… Il n’y a pas vraiment de tendances sur cette espèce-là : d’une année sur l’autre il peut avoir une reproduction prolifique ou être assez médiocre. Il va se mettre dans des cavités ; il suffit qu’il y ait une tempête de neige au mauvais moment (période d’incubation ou lorsque le poussin est petit) et celui-ci mourra. C’est un oiseau très sensible à son environnement, mais qui vit très vieux!

 

François Brignon
@FrançoisBrignon

 

Quelle espèce vous a surpris le plus ?

Il y en a surtout deux, avec qui j’ai passé énormément de temps. D’abord le pétrel des neiges, un oiseau un peu plus petit qu’un pigeon, qui peut vivre jusqu’à 60 ans ! Encore cette année où je les ai recontactés, on a toujours le record d’âge maximum pour cette espèce-là. Elle est attendrissante dans sa loyauté au site et son comportement avec son partenaire.

 

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Pétrel des neiges dans sa cavité.

 

Enfin le skua ; un oiseau extrêmement intelligent qui observe bien ce qui se passe autour de lui. Il va te reconnaître et interagir avec toi, avec les autres animaux environnant. Ce qui est assez rigolo, c’est que c’est lui qui t’accepte sur son territoire et pas toi qui t’impose. Il peut être assez bagarreur s’il n’a pas donné son accord ! Il aura tendance à venir sur toi, te donner des coups de becs, à te crier de dessus et t’inciter à partir… Il n’hésitera pas à te piquer des affaires et les emmener loin pour que tu ailles les chercher (rires). Il te fait comprendre que tu es chez lui.

 

« Cela prend une semaine voir quinze jours maximum, selon les individus, pour te faire accepter par les espèces d’oiseaux. Globalement ils finissent toujours par te reconnaître et savoir que tu ne leur veux pas de mal. »

 

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« Le skua est un oiseau très opportuniste qui arrive à faire preuve de souplesse dans son adaptation à l’environnement. » @JulienVasseur

 

Y a-t-il une journée type en tant qu’ornithologue là-bas ?

Cela dépend de la période de l’année que l’on prend : été ou hiver, l’emploi du temps n’est pas le même ! Pendant les deux mois d’été, l’archipel est dans une euphorie totale ; il y a toutes les espèces présentes qui se reproduisent. Tout va très vite…

 

« C’est la « course à la vie » : les espèces ont peu de temps pour se reproduire, donner la vie, alimenter/ former leurs poussins et vite repartir en mer avant que la glace ne revienne… »

 

Une journée type en cette période se résume à beaucoup de marche à pied (15 à 35km par jour). On va faire du dénombrement, par exemple compter le nombre de couples présents sur les iles, faire du contrôle de bagues, compter le nombre de poussins…

 

Alexis Garriga
@AlexisGarriga

 

L’hiver, il n’y a plus rien… L’archipel est vide.  Il ne reste que les manchots empereurs. C’est un travail totalement différent. On va essentiellement à la manchotière pour l’observation, le dénombrement et la lecture de transpondeurs, ou bien on se rend sur la banquise pour voir quels chemins les manchots empereurs prennent pour revenir à leur colonie. On est sur du travail en extérieur d’une durée maximum de 7h, dans des conditions climatiques extrêmes.

 

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« Les phoques sont toujours sur la banquise. On travaille toujours en petite équipe lorsqu’on va les voir. » @JulienVasseur

 

Quels sont les outils indispensables que tu utilises ?

Dans ce travail, l’appareil photo et la paire de jumelle sont vraiment les outils essentiels ! Parfois un individu va passer devant nous, on ne va peut-être pas avoir le temps de lire sa bague aux jumelles, alors on prend l’appareil photo et on le mitraille pour récupérer les informations.

 

En moyenne combien d’oiseaux sont répertoriés dans vos fichiers depuis la création de la base ?

Oula ! Si on prend depuis le début des recensements, on est de l’ordre de plusieurs millions d’oiseaux !

 

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Le pétrel géant fait environ 2m d’envergure! La colonie a été très touché par la construction de la base en 1960: elle est passée de 80 couples à plus que 20 couples aujourd’hui.

 

Pourquoi est-il important de continuer à suivre la faune dans cette zone ?

Pour la majorité des espèces présentes en Terre Adélie, elles sont propres à un seul milieu : on ne retrouvera jamais des pétrels des neiges ou des manchots empereurs nichés en Côte d’Azur, c’est impossible ! Elles se reproduisent dans ce milieu très sensible, qui subi très rapidement les changements qu’il peut y avoir, comme la hausse des températures. Pour mesurer ces changements en Antarctique, on utilise différents indicateurs : la météo, l’étude de la glace, des courants marins et la biologie des espèces.

 

« Mais pour ce qui en est réellement des impacts de ces changements sur la vie, ce sont les oiseaux qui vont nous le dire… »

 

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On utilise ces espèces-là comme un baromètre : on voit clairement que les espèces réagissent directement à leur environnement : avec la présence de glace ou non, leur succès reproducteur, si les poussins atteignent l’âge adulte…

 

« Ce n’est qu’au long terme que les informations recueillies par individu et par population permettront de créer des modèles prédictifs sur l’avenir des écosystèmes marins et des espèces concernées. »

 

Si tu étais une espèce d’oiseau, laquelle serais-tu ?

C’est dur ! Elles ont toutes un trucs… Mais l’espèce qui m’a donné envie de faire de l’ornithologie est le balbuzard pêcheur ! Tout petit déjà, mon père me sensibilisait à l’environnement et avait l’habitude de m’emmener près d’un étang dans la Loire, où se reproduisait cette espèce. C’est un beau rapace qui m’a toujours fasciné dans sa prouesse à pêcher carpes et poissons, en rasant l’eau et plongeant d’une façon spectaculaire ! Je trouvais ça dingue…

 

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Que retiens-tu de cette expérience passée en Terre Adélie?

J’en retiens beaucoup de choses ! Professionnellement parlant, c’était juste magique… J’ai eu une chance incroyable de côtoyer ces animaux. Au point de vu social, j’ai gagné une famille en or en allant là-bas. Il y a eu un gros élan de solidarité l’hiver, même si on était d’horizons totalement différents. C’est une expérience unique à vivre une fois dans sa vie. Le temps est passé beaucoup trop vite…

 

Souhaiterais-tu repartir… ?

Ah ! C’est la grande question… On peut toujours repartir dans un milieu comme celui-là, mais les choses ne seront pas les mêmes. C’est à usage unique… Ce qui est sûr, c’est que si je devais choisir entre rester l’été ou l’hiver, mon choix se porterai sur l’hiver ! Pas pour le côté professionnel, car quelles que soient les saisons, c’est le même bonheur.

 

« Pour le coté humain… L’hiver, c’est toute une ambiance particulière : c’est comme être sur une autre planète ! »

 

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Quels sont tes futurs projets ?

Je suis revenu il y a seulement deux mois, donc pour le moment je ne me suis pas trop projeté… J’aurai un projet avec mon collègue Clément, au niveau de la photographie et de la vulgarisation de tout ce qu’on a pu voir à la base. On aimerait créer une exposition photo et faire un petit ouvrage, uniquement sur la faune et l’Antarctique. Un ouvrage qui mélangerait des explications sur comment vivent les animaux là-bas, mais aussi notre ressenti en tant qu’êtres humains, biologistes, face à ces spectacles, au jour le jour, durant 15 mois entiers !

 

JeanBaptiste Favier
Julien et Clément : l’équipe des ornithologues @JeanBaptisteFavier

 

Julien Vasseur :

Articles, Interview

François Lasserre: « En quoi les insectes sont-ils utiles ? La vraie réponse à mon sens, c’est qu’ils sont: comme nous on est.»

« Les Hommes ne sont pas les seules espèces sur Terre… Nous agissons seulement comme si c’était le cas». Une citation qui a pris tout son sens pour François Lasserre, qui partage sa passion des insectes au travers de l’éducation à l’environnement et de la vulgarisation. Multi-casquettes, dont celui d’auteur/ conférencier, vice-président de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et co-président du Graine IdF (réseau d’éducation à l’environnement) il n’hésite pas à sortir des sentiers battus afin de sensibiliser et d’amener toujours plus loin notre réflexion sur nos rapports aux autres êtres-vivants.

 

D’où t’es venue cette passion pour les insectes ?

Je pense qu’elle vient du fait qu’au fond, je n’ai jamais eu trop envie de faire comme les autres. Lorsque tu arrives avec un insecte dans la main, quelque soit sa taille, et que tout le monde part en hurlant, tu as le sentiment d’être à part… Ce sont des animaux qu’on peut observer partout autour de nous et qui sont faciles d’accès quand on n’a pas peur et qu’on est curieux.

 

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@François Lasserre

 

Si tu étais un insecte, lequel serais-tu ?

Je serais un voyageur, comme le tantale globetrotteur ! C’est une libellule migratrice qui parcourt jusqu’à 16 000 km en plusieurs générations…

 

Quand as-tu commencé à travailler dans l’univers des insectes?

Ah, ça m’est venu très tard! J’ai d’abord commencé à travailler sur les mammifères, notamment sur les singes au Gabon et au fil des ans, j’ai rencontré des spécialistes des insectes. En fait, tout ce que j’avais déjà acquis étant jeune est ressorti, et j’ai eu envie de parler des insectes et de leur offrir plus de visibilité vis à vis du grand public.

 

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Ouvrages de @François Lasserre

 

As-tu suivi une formation spécifique ?

J’ai suivi beaucoup de courtes formations entomologiques et de longues en pédagogie. Je me suis fait embauché par l’Office pour les insectes et leur environnement : l’Opie. Pendant sept ans, j’étais responsable pédagogique. Je m’occupais de toutes les activités destinées au grand public: formations, animations pour les enfants, l’accueil des adultes, etc. C’est durant toutes ces années que je suis allé chercher les informations sur les insectes, que j’ai côtoyé toutes les personnes qui travaillaient dans cet univers.

 

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@François Lasserre

 

As-tu également un travail de recherche sur les différents insectes ?

Mon travail de recherche est d’essayer d’en parler le mieux possible et de trouver les clefs pour que les gens puissent accrocher au milieu des insectes. J’essaie d’être en décalage avec ce qu’il se fait, via la vulgarisation de cet univers. Mes recherches sont donc plutôt pédagogiques. Elles se traduisent dans mes bouquins et mes conférences, qui évoluent régulièrement.

 

Quelles sont les idées reçues contre lesquelles tu te bats ?

Je tente d’atténuer notre anthropocentrisme, qui est le fait de placer l’homme au centre de l’Univers et d’expliquer toutes choses à travers notre point de vue. Les insectes et les autres animaux ne seront jamais nous, ils sont autres. Par exemple, tout ce que l’Homme ne peut pas faire, il le présente aux yeux du monde comme quelque chose d’extraordinaire. J’aime bien présenter des choses « extraordinaires » que font les insectes, comme elles le sont réellement pour eux, c’est-à-dire des choses de l’ordre de l’ordinaire.

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@François Lasserre

 

« Si nous prenons à chaque occasion nos critères pour les présenter, ils seront toujours différents ou considérés comme inférieurs à nous en quelques sortes. Les rapporter à nous, c’est ne jamais les voir pour ce qu’ils sont eux. »

 

On retrouve aussi cette notion dans nos actions, qui ont de grosses conséquences sur les animaux et l’environnement. Temps que le monde ne sera pas « nous », on va pouvoir détruire une forêt par exemple et la compenser sur un autre terrain en replantant des arbres.  Mais cela veut bien dire que l’on considère que tous les êtres vivants qui vivaient sur ce terrain : les plantes, les insectes, les autres animaux, sont apparentés à des objets que l’on peut à loisir détruire et remplacer par d’autres.

 

« C’est comme toi, tu es Marion. Je ne peux pas te compenser ailleurs si tu es détruite… Tu es unique. Chaque insecte, chaque plante, chaque arbre, c’est pareil: ils sont uniques»

 

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@François Lasserre

 

 

Quels sont les objectifs de tes livres ?

Tous mes livres suivent un même fil rouge : l’objectif étant que l’on regarde les habitants qui nous entourent différemment. J’ai appris au fil du temps que les insectes avaient autant de légitimité que moi à vivre sur Terre et qu’il n’y avait aucune hiérarchie qui existait, comme les anciens pouvaient le croire, plaçant l’homme en haut de la pyramide. Au travers de mes livres, je veux leur apporter plus de bienveillance, d’empathie et susciter de la curiosité chez le grand public.

 

« C’est tout un message de respect envers les autres êtres vivants non-humains.»

 

La cible de tes livres serait plus les enfants?

Je m’adresse à toute la famille ! Que je parle à une personne de 60 ans ou à un enfant de 8 ans, je vais employer quasiment les mêmes mots, car les adultes vis-à-vis de la nature sont comme des enfants, ils n’ont généralement pas été éveillés à cet univers, du coup mes livres peuvent circuler dans toutes les mains…

 

« J’aime beaucoup l’idée que ce soit les enfants qui puissent apprendre aux parents. »

 

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@François Lasserre

 

 

Pourquoi selon toi les insectes sont boudés du grand public ?

Il faudrait se concentrer sur nos biais cognitifs. On a une fâcheuse tendance à faire des généralités, souvent à partir d’une anecdote ou d’une histoire qu’on nous a racontée ! Par exemple, on dit de tel peuple qu’il est radin, d’un autre qu’il n’a pas d’humour, etc. Concernant les insectes, ce qui est vrai, c’est qu’il y en a qui nous embêtent profondément : certains nous piquent, d’autres mangent nos récoltes ou encore transmettent des maladies. On les a catalogués. Pourtant, ceux-là sont infiniment moins nombreux que ceux qui ne nous ennuient pas ! Mais par ce biais cognitif, on ne retient que l’anecdote.

 

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@François Lasserre

 

Ensuite cela fait presque 20 000 ans que l’Homme essaie d’être indépendant vis-à-vis de ce que l’on appelle « la nature » : parce qu’elle ennuie, parce qu’elle est dure, dangereuse… On a écarté tous les autres êtres vivants de notre environnement. C’était le but: d’être peinard, d’avoir un chez-soi sans intrus à l’intérieur. Forcément, les derniers qui se réinvitent chez nous sont surtout des insectes, ou des araignées ! On ne veut plus des autres.

Enfin, en ville principalement, on n’est plus habitué à les côtoyer. On ne sait plus ce que c’est; les insectes deviennent l’inconnu, j’irais jusqu’à dire qu’ils nous font peur… L’exemple le plus commun est lorsqu’un bourdon vole à la terrasse d’un café, car il a senti du sucre: les jeunes se mettent à hurler et partent en courant ! Pourtant, lorsqu’on est dans un autre environnement comme à la campagne, on s’y habitue très vite.

 

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@Jean-François Decaux

 

Aujourd’hui, connaissons-nous tout de la vie des insectes ?

On ne connaît rien de la vie des insectes ! D’abord parce qu’il y a peu de gens qui s’y intéressent et qu’on ne sait pas combien il y a de diversité sur terre… Les insectes se comptent par milliards de milliards. Si en France on a pu mettre un nom sur un million d’espèces, cela ne veut pas dire qu’on les connait, même si on a accumulé des informations au fil des siècles. Dans notre pays il y en a plusieurs dizaines de milliers et on en découvre continuellement.

 

« Sur le terrain, je découvre des choses que je n’avais jamais lues dans les livres. »

 

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Femelle de guêpe solitaire cherchant à parasiter des abeilles solitaires @François Lasserre

 

 

Lorsque tu veux apprendre de nouvelles choses, comment fais-tu pour te renseigner ?

C’est tout un travail de veille. Le développement des réseaux sociaux a beaucoup aidé ! Je regarde le travail de diverses associations et d’entomologistes, je suis abonné à des magazines de sciences et je vais régulièrement m’informer sur des sites spécialisés. Je ne reste jamais figé sur une information; je vais toujours aller la vérifier, la croiser avec d’autres et savoir si elle est toujours valable à ce jour. On ne sait pas grand-chose finalement, alors je reste agile aux nouvelles découvertes et idées!

 

Si tu avais une journée dans la peau d’un insecte pour aller observer en immersion sa façon de vivre, lequel serait-ce?

J’irais observer les abeilles solitaires et plus particulièrement une abeille coupeuse de feuilles ! J’aimerais bien la voir fabriquer ses petits cigares avec les feuilles qu’elle va découper pour ensuite les mettre sous terre ou dans tes tiges de végétaux. Ces deux bouts de feuilles assemblées forment un ensemble totalement étanche et creux ! J’aimerais bien voir qui vient l’embêter dans la journée, où elle va chercher les fleurs qu’elle va butiner, quels animaux elle côtoie, etc.

 

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Abeille coupeuse de feuilles

 

 

Si on observe une hausse des espèces mammifères en voie d’extinction, en est-il de même pour les insectes ?

Tous les êtres vivants de la nature sont menacés, puisqu’où l’Homme s’installe, on ne veut personne dessus. On devient de plus en plus nombreux, on construit donc plus avec cette idée : « j’aime bien les animaux, mais pas chez moi… » Comme on est partout, ils finissent par ne plus avoir d’endroits où vivre… On a l’exemple des grands mammifères, mais eux les insectes, comme tout le monde s’en fiche un peu, on ne les regarde pas. Si on s’intéressait aux insectes comme on s’intéresse au panda, il y aurait plein d’espèces en voie d’extinction. Tout revient à nos critères de sélection.

 

« On pense qu’un panda a plus de valeur qu’un criquet, pourtant les deux ont autant de valeur. Ce qui est intellectuellement difficile de se dire, très peu y arrivent… »

 

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En France on peut observer qu’il y a moins d’insectes, ne serait-ce que qu’avec nos voitures ! Quand j’étais jeune, je me rappelle qu’on était obligé de s’arrêter tous les 200 km pour nettoyer le pare-brise recouvert d’insectes. Maintenant c’est très différent… Il y a une liste de 130 espèces menacées sur les 40 000 recensées en France, une liste plutôt « symbolique »… Elle comprend beaucoup d’espèces de papillons, car les scientifiques qui s’intéressent aux insectes se passionnent d’abord pour ces espèces, comme tout le monde, parce qu’ils les trouvent beaux. En l’occurrence, très peu d’entomologistes vont axer leurs recherches sur les petites mouches. D’une manière générale, les populations d’insectes diminuent, ce qui profite à d’autres espèces, qui sont bien plus nombreuses qu’avant.

 

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@François Lasserre

 

En quoi les insectes sont ils importants pour l’équilibre de la nature ?

C’est une question qui revient à l’anthropocentrisme : c’est important par rapport à qui, à quoi ? La réponse est évidemment par rapport à nous. Aujourd’hui, on est encore en train de justifier l’existence des autres êtres vivants, parce qu’ils sont « utiles ». Prenons le cas de la coccinelle qui mange les pucerons. On se dit qu’elle est très utile à les manger, alors que c’est un gros prédateur, et que le puceron, lui, n’a aucune valeur dans tout ça. Cela voudrait dire qu’il y a des catégories d’êtres vivants. Et la notion d’équilibre que tu évoques n’existe pas, car il n’y a pas d’équilibre dans la nature. On voit qu’au final, c’est toujours utile à l’homme.

 

« Pour l’anecdote, les pucerons ont eux aussi leur « utilité ». Sans eux par exemple, il n’y aurait pas coccinelles, ni de « miel de sapin » : un miel que des abeilles font avec les crottes de pucerons ! »

 

Si on va sur des rôles techniques et écologiques, les insectes « politisent » les plantes (+10 000 pollinisateurs), ils servent de nourriture à d’autres animaux de la chaine alimentaire, ils sont bons recycleurs des matières organiques et fertilisent le solIls enjolivent aussi nos vies…

« Que serait une campagne sans papillons? Un été sans chants ni vrombissements? Et une mare sans libellules? » 

 

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La vraie réponse à mon sens, c’est qu’ils sont utiles par ce qu’ils sont. C’est tout. Ils sont, comme nous on est. »

 

On me pose souvent la question : « en quoi un frelon est-il utile ? » Je rétorque à mon tour, sans aucune animosité et avec bienveillance : « et toi, à quoi sers-tu ? » Là on commence à être un peu plus dans le cœur du sujet. A quoi servent les moustiques ? Ils sont. Alors oui, on peut être ennuyé parfois et ponctuellement, mais il ne faut pas en faire une généralité et tirer de conclusions hâtives, comme on peut le faire avec les humains : essayons d’être un peu plus objectif avec ces autres.

 

« Attention, cela m’a pris vingt ans de réflexion pour me rendre compte de tout ça, j’ai mis du temps hein ! »

 

 

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Finalement, c’est un message d’espoir que tu transmets ?

De l’espoir et du positif toujours, que ce soit dehors avec un groupe ou quand j’écris ! J’essaie de donner envie et d’incarner le positivisme ; la nature ne sera jamais comme avant, non. Demain sera demain et mieux vaut aborder le futur dans la bienveillance et l’empathie.

 

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@Opie

 

François Lasserre:

  • Son site internet, ici
  • Ses photos, ici
  • Sa bibliographie, ici

 

 

 

 

Articles, Interview

Alex Vizeo: « Le voyage, c’est de la méditation constante, sauf qu’au lieu de rester concentré quelque part, j’ai juste à me laisser aller, vivre l’instant présent et laisser faire son chemin… »

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve une réalité… » Alex Vizeo en est un bel exemple. Son tour du monde fait en 2011, il se spécialise dans la vidéo et crée son Blog Voyage. Il a su faire de sa passion son métier, jusqu’à entrer dans le top 15 des blogueurs voyage les plus influents du monde. Spontané, drôle et franc, il nous parle de sa conception du métier d’influenceur, mais aussi de sa belle philosophie de vie. Comme à son habitude, il choisit les mots qui vont nous faire voyager avec lui…

 

Lorsque tu as commencé à vivre de ton blog, as-tu naturellement été amené à la question de l’éthique?

Depuis le début, ma « guide line » a toujours été de me dire de ne pas accepter de me faire payer des choses que je n’aurais jamais faites en voyageant par mes propres moyens ou qui n’apporteraient rien à ma communauté. J’ai déjà refusé des séjours en hélicoptères, car pour le pays concerné ce n’était pas le seul et meilleur moyen de le visiter et cela n’aurait pas eu de sens pour moi ! Même si j’enchaîne les voyages, j’essaie de me dire aussi que c’est potentiellement le voyage d’une vie, ce qui rentre en compte dans mes choix également…

 

« Ma manière de voyager se rapporte à des valeurs fondamentales pour moi : le respect, l’ouverture d’esprit et l’écologie autant que possible. »

 

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Sa première expérience de garçon au pair aux États-Unis, un des éléments déclencheurs à sa passion du voyage. @AlexVizeo

Quel public vises-tu ?

Les choses évoluent avec le temps et l’expérience. Aujourd’hui, je m’adresse vraiment à un public large : de ceux qui veulent être en totale immersion dans la nature, à ceux qui recherchent un petit weekend sympa, dans la nature comme en ville. L’idée c’est de donner l’envie aux gens de voyager…

 

« Il y a autant de voyageurs que de façons de voyager ! »

 

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Alex aux Chutes d’Iguazu @AlexVizeo

 

Dès tes débuts, tu t’es spécialisé dans la vidéo. As-tu suivi des formations, comme par exemple l’utilisation de drones ou la maîtrise des réseaux sociaux ?

Jamais. J’ai toujours fait les choses par moi-même, beaucoup au feeling et en fonction de mes besoins. Ce qui ne veut pas dire que j’ai trouvé les solutions tout seul ! Aujourd’hui, quand on veut se former dans n’importe quel métier, il y a quasiment tout de disponible sur internet (cours en ligne, tutos etc.) et tu peux faire le tout de chez toi ! Donc lorsque j’avais envie de savoir quelque chose, je cherchais sur le net. Pour moi c’est vraiment la meilleure façon d’apprendre. Non pas d’apprendre un sujet pour être bon, mais d’avoir un cas pratique et connaître les techniques pour le résoudre. C’est à force de faire différents cas que tu vas multiplier diverses techniques et être bon au bout d’un moment…

 

« Pour moi ce qui est important c’est de se renouveler et de mettre ma patte sur le travail que je fais. »

 

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Il a été récompensé « Meilleur blog voyage de l’année 2011 » au Golden Blog Awards @AlexVizeo

 

Comment fais-tu pour avoir de la visibilité sur ton blog et tes posts ?

Je n’ai jamais fait de publicité sur mon blog ni même une quelconque promotion. Tout comme je ne poste pas mes articles et mes vidéos sur les forums ni les réseaux sociaux (groupes Facebook etc.) Je me suis toujours dis que si je faisais du contenu de qualité, qui va être utile aux gens, je n’aurais pas besoin de faire ma pub, elle se ferait toute seule… Et si mon contenu n’est pas viral, que ma communauté et mon trafic n’augmentent pas, cela voudrait dire qu’ils ne sont pas assez bons et ça me pousserait à me questionner. Je pense que je vais beaucoup plus lentement que d’autres dans l’évolution de ma communauté, dans l’accroissement de la « viralité » de certains de mes posts et dans mon positionnement, mais je préfère le faire ce cette manière-là!

 

« Au fil des années et par l’engagement que je mets dans chacune de mes vidéos, j’ai vraiment construit une relation de confiance avec ma communauté. »

 

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Désigné blogueur voyage français le plus influent sur les réseaux sociaux – photo prise en Iran @AlexVizeo

 

Es-tu plutôt passif dans la recherche de partenaires vidéo ou provoques-tu les rencontres ?

Dans 80 % du temps, il y a de grandes chances pour que l’on vienne me voir et qu’on me propose une destination avec une thématique à traiter. Si j’accepte, c’est que l’idée me plaît et me correspond. Parfois, il y a des destinations qui me plaisent, où je me dis qu’il y a un vrai travail à faire dessus ; parce qu’ils n’ont pas beaucoup de visibilité ou qu’on n’en parle pas assez… C’est dans ces cas-là que je contacte les agences du pays concerné et je leur propose de travailler ensemble : ils acceptent ou non la proposition.

 

« Je prépare un voyage perso de la même manière que je le ferais pour un pro. »

 

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Il présente aussi l’émission « Le Voyage d’@lex » sur la chaîne Planète Thalassa @AlexVizeo

 

Voyages-tu gratuitement même pour le perso ?

Je ne mélange pas le perso avec le boulot. Je sais qu’il y a des blogueurs qui sont connus et qui cherchent à avoir des défraiements et une prise en charge lorsqu’ils voyagent quelque part … ce que je peux comprendre. Moi j’aime bien aussi faire des voyages perso, mais que je paye, pour garder la notion de l’argent et la critique sur ce que je fais. Ça me sert énormément lors de mes opérations pro quant au jugement que je porte et pour garder un regard objectif sur les activités à faire. De me dire : « ça c’est bien, cher… mais bien. » ou : « ça c’est pas très cher, pas fou, mais bon pour le prix, ça vaut le coup ! » Les gens te font confiance, ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça un métier « d’influenceurs », donc il faut savoir rester un vrai voyageur.

 

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Plongé avec les requins aux Bahamas @AlexVizeo

 

Penses-tu que le métier de blogueur voyage va devenir un outil indispensable dans la communication touristique ?

Je dirais que d’ici cinq ans, le métier de blogueur voyage va prendre de plus en plus d’ampleur, jusqu’à devenir indispensable. Cette nouvelle génération a grandi avec internet et les réseaux sociaux : ce sont eux les futurs consommateurs et voyageurs… donc, la cible des agences. Quand je reçois sur les réseaux des messages de jeunes de douze à quatorze ans qui veulent faire le tour du monde et voyager, effectivement je pense que lorsqu’ils vont prendre leurs inspirations et chercher des informations ce sera sur Youtube, Facebook et tous les autres réseaux. Mais le phénomène ne se restreint pas au métier de « blogueur voyage ». Il touche aussi tous les youtubeurs influenceurs … Aujourd’hui, les gens suivent des influenceurs qu’ils aiment bien, que ce soit sur du jeu vidéo, de la beauté, du sport etc.  Donc si l’un d’entre eux est allé visiter un pays et en parle dans une de ses vidéos, avec ses millions de followers, il y aura forcément un impact phénoménal !

 

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Membre du Collectif Voyage Digital @AlexVizeo

 

L’aspect ultra-connecté dans ton métier te gêne, mais si on parle uniquement « voyage », qu’aimes-tu le moins ?

La seule chose qui me dérange en voyage aujourd’hui c’est de parfois trop penser au boulot ! Il y a des moments où je suis en train de le vivre à fond, mais où je suis obligé de faire des Switchs et de me demander : « attends, est-ce que j’ai bien pensé à tout filmer, est-ce que j’ai le contenu dont j’ai besoin, toutes les photos… ? »

Quand je voyage pour du perso, il n’y a rien qui me dérange ! Je filme, je prends des photos, je fais des posts, mais ce n’est que du bonheur ! À aucun moment il n’y a cette pression du résultat ou un nombre de posts à effectuer. Ce que j’adore dans le voyage, c’est que tu es exalté en permanence, tes sens sont en alerte…

 

« Le voyage, c’est de la méditation constante, sauf qu’au lieu de rester concentré quelque part, j’ai juste à me laisser aller, vivre l’instant présent et laisser faire son chemin… C’est ça qui est beau !

 

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Il réalise 175 vidéos pendant son Tour du monde. @AlexVizeo

Tu te laisses guider par tes envies. Ta seule contrainte est de te dire : « est-ce que j’ai envie ou pas ? » Je n’ai rien que je n’aime pas dans le voyage, parce que c’est finalement un état d’esprit, une sorte de période d’entrainement de la vie de tous les jours, une espèce d’allégorie de la vie générale. C’est-à-dire que si dans la vie de tous les jours tu te plains, si tu ne vois que les cotés négatifs et que tu n’attends qu’une chose : tes vacances ou ton weekend, eh bien ce sera la même chose dans ton voyage ! Tu te plaindras, hormis les moments où tu seras sur la plage et que tu vivras l’activité pour laquelle tu étais venu.

 

« Le voyage c’est un tout. Ce n’est pas que l’activité géniale, c’est aussi le moment où tu attends le bus, c’est la rencontre que tu vas faire que tu n’attendais pas, c’est le fou rire que tu auras avec tes potes… C’est tout ça qui font les souvenirs « !

 

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Sa vidéo « 1 an autour du monde en 5min » fait le buzz sur Youtube @AlexVizeo

 

Quelle est ta recette pour recharger tes batteries ?

 Je vais dans la forêt ! Avec le temps et le voyage, je me suis aperçu que l’environnement dans lequel on a grandi est celui dont on a besoin sur le long terme. J’ai besoin de me rendre dans une forêt, qu’elle soit tropicale ou non, peu m’importe.

Je pense aussi que dans la vie, c’est important d’être passionné, mais qu’il ne faut pas être dans les extrêmes sur une trop longue période. Cela te permet de te dépasser, mais trop longtemps, ce n’est pas bon non plus. C’était mon cas ces dernières années par exemple, j’ai voyagé en permanence et là, je sens que j’ai besoin de me trouver un petit camp de base, avoir mon chez moi. Donc en ce moment, j’essaie de me retrouver un appartement quelque part pour m’ancrer quand je rentre, car cela fait six ans que je n’en ai pas eu et j’écoute mon corps : voilà ma nouvelle étape pour me ressourcer et recharger mes batteries.

 

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Il met 2 ans et demi à travailler par passion avant de pouvoir vivre de son blog et de devenir blogueur voyage à temps plein.

 

As-tu un moment d’adaptation lorsque tu reviens de tes voyages?

Je crois qu’il y a un seul pays qui m’a mis une claque monumentale et m’a fait me sentir bizarre à mon retour : l’Afrique du Sud. Je suis resté deux semaines en pleine nature avec ma voiture de location. Tu sens la mer et la terre et ça, c’est fort !

 

« Plus ça va et plus je comprends ce qui m’appelle et ce qui me touche le plus. Et aujourd’hui je sais que même si je trouve merveilleux une construction humaine, je ne serais jamais aussi émerveillé que devant une cascade ou un arbre magnifique !»

 

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Il économise pendant six ans avant de réaliser son rêve de faire un tour du monde pendant un an.

 

Voyager c’est aussi repousser ses limites. Te fixes-tu de nouveaux défis quand tu pars?

Je prends surtout les défis au vol, quand les occasions surviennent. Faire un stage de survie dans la jungle ou un trek de douze jours ; je ne réfléchis pas ! Je le fais s’il y a un challenge qui se présente à moi. Je pense qu’au fil du temps, je vais de plus en plus être amené à partir pour faire une chose particulière, plutôt que d’aller découvrir des pays ; ce qui est presque plus stimulant !

 

« Un vrai défi pour moi lors de mes voyages, c’est de briser les stéréotypes que le public peut avoir sur une destination et de leur en montrer ses merveilles. C’est un défi du partage. »

 

Un prochain défi perso que j’ai envi de faire, c’est de monter un peu plus de projets qui ont un coté humanitaire. Prendre sur mes deniers et puis je ne sais pas, construire une école, un puits… Des choses qui se font déjà et ce n’est pas moi qui changerai la donne, mais simplement ça aura du sens pour moi et cela aura un impact sur des gens qui en ont vraiment besoin. L’idée c’est aussi de donner envie aux gens de le faire à leur tour, de chasser l’idée que c’est forcément compliqué à faire, de les toucher.

 

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Il consulte régulièrement sa communauté afin d’avoir son avis. @AlexVizeo

 

Quel est ton objet fétiche que tu apportes à chacun de tes voyages ?

Il y en a deux que j’ai toujours dans mon sac et que je ne montre jamais. L’un est un talisman qu’un guérisseur amérindien m’a donné au Canada l’été dernier suite à une cérémonie. Le deuxième est un chapelet de prière bouddhiste que j’avais acheté au début de mon tour du monde à Rangoun en Birmanie et qui ne m’a plus quitté depuis ! Sinon que je sois en voyage ou non, je ne me sépare jamais de mon couteau ultra-light… très pratique !

Quels sont tes futurs projets ?

Mes futurs projets sont plutôt d’ordre personnel. Côté professionnel je ne tente rien de particulier. Là je cherche un peu à me mettre à jour, à me former sur certaines choses, voir de nouvelles façons de filmer et créer ma patte.

 

« On dit souvent que pour faire de belles œuvres, l’artisan a besoin de prendre du temps, de s’arrêter un peu pour aiguiser ses outils… c’est mon cas en ce moment. »

 

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« Je préfère tout mettre en oeuvre pour directement réaliser mes rêves plutôt que de gagner beaucoup d’argent pour pouvoir ensuite simplement me les payer. » @AlexVizeo

 

Comment vois-tu ta vie dans dix ans… ?

Aujourd’hui, l’avenir est très facile pour moi. Lorsque tu choisis de ne pas avoir une vie « métro, boulot, dodo », tu acceptes de suivre ton instinct, de te donner à fond et de ne pas avoir peur du lendemain. Pourquoi tu n’as pas peur du lendemain ? Parce que tu n’as pas peur des projets dans lesquels tu peux t’engager, ni peur de te tromper ou encore de l’échec. L’échec ce n’est pas grave, c’est juste une étape de plus vers la réussite de ton chapitre, de ton challenge. Je n’ai donc aucune envie de savoir ce que je vais faire dans dix ans ! Pour l’instant j’ai des buts fixés à six mois, un an ou deux… et si pendant l’atteinte de ces buts quelque chose qui me fasse plus vibrer croise mon chemin, eh bien je n’hésiterais pas à le prendre !

 

« Les fois dans la vie où je me suis stressé de savoir ce qui allait se passer ou de conserver ce que j’avais acquis, sont les fois où j’étais le moins bon, le moins créatif. C’est selon moi le meilleur moyen pour foirer les deux en réalité! »

 

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« Je suis récompensé chaque jour par les messages de remerciements et d’encouragement des gens qui me suivent. » @AlexVizeo

Quel est ton rêve aujourd’hui?

Mon rêve ?! Eh bien c’est simple… Mon nouveau rêve serait d’avoir une maison en bois, à la fois dans la forêt et au bord de l’eau, avec une grande baie vitrée et une terrasse sur le toit !

 

Alex Vizeo:

Pour aller plus loin :

  • « Vivre sa vie comme un voyage » : Interview à voir d’Alex Vizeo par Woman on Tour
  • Vidéo buzz du tour du monde d’Alex en 5 min ici

 

 

 

Articles, Interview

Ludovic Hubler: « Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, c’est que la majorité de la population mondiale est honnête et bienveillante»

 

Auteur du « Tour du monde en stop », conférencier, change maker et créateur de « Travel With A Mission », Ludovic Hubler revient sur son aventure de cinq ans (2003-2008) à « l’École de la Vie !” : 170 000 km parcourus, 59 pays traversés, 3 dictatures, plus de 10 000 heures passées au bord des routes du monde, pris en stop dans plus de 1300 voitures, 8 paires de chaussures usées et 7 kg en moins… Une véritable ode à la paix et au dialogue interculturel. 

 

D’où t’es venue cette idée de faire un tour du monde en 2003? 

L’idée de faire le tour du monde est la réalisation d’un rêve d’enfant. À huit ans, j’avais déjà la tête dans les atlas, avec une volonté de découvrir et de mieux comprendre le monde qui nous entoure. En grandissant, j’ai eu la chance de pouvoir voyager et après une grosse préparation, je me lance ! Départ le 1er janvier 2003.

 

« Le voyage c’est comme une drogue : plus on en fait, plus on a envie d’en faire ! »

 

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Ludovic avec sa carte plastifiée indiquant son parcours. @LH

 

 

Quel a été le déclic de le faire en stop ? 

Mon premier stop je l’ai fait à l’âge de seize ans, poussé par mon papa qui voulait que je sois plus indépendant et débrouillard… à l’inverse de ma mère, qui était plus protectrice ! J’ai donc commencé à faire du stop sur les routes alsaciennes, ensuite dans toute la France, puis en Europe. Le jour où j’ai eu cette étincelle de faire mon tour du monde en stop, j’étais en Roumanie avec un ami. C’est sur la route que l’on a rencontré un chauffeur avec qui on s’est très bien entendu. Au fil des kilomètres, il nous proposa de nous emmener à Iași, où l’on pourrait loger chez son frère. On a mangé roumain, danser roumain, appris du roumain…

 

« Je me suis dit que le stop était un moyen extraordinaire pour pouvoir voyager, rencontrer les populations locales et partager de bons moments. »

 

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Ludovic en compagnie des hommes sacrés de l’hindouisme @LH

 

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspiré pour faire ce tour du monde ? 

Il y a eu à la fois des rencontres avec des voyageurs, mais aussi tout un aspect philosophique au travers de lectures qui m’ont inspiré. Un livre, comme « l’Alchimiste » de Paulo Coelho, qui transmet tout au long du récit cette idée d’aller au bout de ses rêves et de prêter attention aux signes. J’ai eu la chance d’échanger avec André Brugiroux, qui a fait le tour du monde en stop de 1967 à 1973. Considéré comme le père des routards, il m’a montré que mon projet était réalisable ! Il y eut également Françoise et Claude Hervé, qui ont fait le tour du monde à vélo, un voyage de trois ans qu’ils ont prolongé sur 14 années !

 

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Une des convictions de Ludovic après ce tour du monde: « les hommes du monde entier aspirent à vivre en paix »@LH

 

 

Quels sont les messages que tu veux transmettre par le biais de ton livre ? 

-Avec ce livre, c’est l’idée même d’aller au bout de ses rêves et de ses idées, parce qu’il en est de l’épanouissement de soi. Je veux encourager les gens à sauter le pas, leur montrer que faire un tour du monde en stop, c’est possible !

-J’insiste beaucoup sur le « doctorat de la route » comme je l’appelle, cette épreuve initiatique entre la fin des études et le début de la vie professionnelle pour s’ouvrir au monde, le comprendre par ses propres moyens.

 

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Ludovic a traversé 18 déserts, dont celui de Mongolie @LH

 

-Avant de partir, mon père me disait : « évite de partir plus de six mois, tu vas rentrer complètement déconnecté de la réalité… » Après cinq années, je lui dis que non seulement je ne me sentais pas déconnecté de la réalité, mais mieux connecté à elle, au monde qui m’entoure, aux hommes, aux défis planétaires et à moi-même aussi ! Je veux transmettre ce message de la connexion. Sortir de sa bulle, aller côtoyer les autres cultures, sans craindre la différence et aller affiner ses points de vue.

 

« C’est essayer de connaître un petit peu mieux ceux avec qui on partage la Terre, ceux qui ont d’autres croyances, d’autres façons d’envisager le monde et parler ensemble. »

 

 

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Ludovic a énormément utilisé les plateformes de « Couchsurfing » et « Hospitality Club » pour se loger et échanger avec des locaux @LH

 

-Se rendre utile, c’est quelque chose qui m’est venu avec ce tour du monde. Avant tu me parlais d’ONG, je n’y connaissais rien… J’ai rencontré plein de gens extraordinaires, et grâce à eux, j’ai pris une grosse claque sur ce qu’était la réalité du monde et ça réveille !

-Aller au bout de soi-même, ce qui n’est pas toujours facile d’arriver à avoir une certaine résilience, de se mettre des challenges et d’aller au-delà de ses capacités.

 

« En voyageant dans le monde, on se rend compte de la vie relativement confortable que l’on a en Europe, comme l’accès à l’éducation ou le système de santé. On apprend donc à relativiser lors de journées difficiles. »

 

 

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Sa règle pour le stop, le « PPPPS »: toujours Propre, Poli, Patient, Persévérant et Souriant! @LH

 

 

-Le monde n’est pas aussi dangereux que l’on veut bien nous le faire penser. Aujourd’hui, on est dans une époque d’informations en continues, d’alertes infos sur mobile sous les titres « attentat », ce qui crée une génération de gens qui ont peur, ce qui est dommage. De par mon tour du monde et mes conférences, j’ai préféré dire que le monde n’est pas si dangereux et qu’il ne faut pas rentrer dans la paranoïa.

 

« Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, pour ma plus grande satisfaction, c’est de voir de mes propres yeux que la majorité de la population mondiale sont des gens honnêtes et sympas. »

 

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En Asie, pour la première fois depuis le début de son périple, la barrière de la langue se dresse. @LH

 

 

As-tu eu un temps d’adaptation à ton début de tour du monde pour rentrer dans le bain? 

Les débuts sont difficiles, oui ! Lorsque tu te retrouves au bord de la route, que tu sais que tu pars pour plus de 100 000km en stop, tu te poses forcément des questions : « est-ce que je vais revenir vivant ? » « Est-ce que tout va bien se passer ? » « Est-ce que les gens vont être réceptifs ? », etc. Pendant plusieurs années avant le tour du monde, mon expérience de voyageurs en stop s’est fait progressivement : Alsace, France, Europe, puis je suis rentré dans le vif du sujet ! Il y a bien entendu toujours une certaine appréhension qui ne te quitte pas, heureusement d’ailleurs !

« J’ai un mental plutôt positif et résiliant. Je n’ai pas pour habitude d’y aller sur la pointe des pieds ; quand j’y vais… j’y vais ! »

 

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« Vénus », le catamaran perché sur les récifs de l’île d’Aîtutaki dans les îles Cook…@LH

 

 

Quelle a été ta plus grosse frayeur ?

J’en ai eu de diverses sortes ! Une lors de ma traversée en bateau-stop du Pacifique, où par ma faute, on était à deux doigts de s’encastrer dans une falaise !

Il y a en eu liées aux hommes, lorsqu’au Costa Rica par exemple j’arrête une voiture et l’homme sort une arme en criant « Qu’est-ce que tu veux ?! » Il y a eu des petites frayeurs comme ça, mais je n’ai jamais été agressé.

Il y a eu également des frayeurs avec les animaux aussi, comme le dragon de Komodo, qui m’a coursé ! (Rires) c’est dans ces moments où le rythme cardiaque monte d’un coup hein ! Mais cela fait partie de l’aventure !

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Le dragon de Komodo sur le point de poursuivre Ludovic! @LH

 

 

Quelle a été ta plus belle rencontre ? 

Ah ! Celle de mon épouse … Sinon elle va me taper dessus ! (rires) ! On s’est rencontré pendant mon passage au Panamá, on a beaucoup échangé par correspondance lors de mon tour du monde puis on s’est revu en France à mon retour. On est marié depuis 2009, on a deux enfants de 4 et 1 an.

Je parlerai également de ma rencontre avec le Dalaï-Lama, une personne que j’admire particulièrement. Avoir eu la chance d’échanger avec lui ne serait-ce qu’une dizaine de minutes, c’est extraordinaire !

 

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Sa rencontre avec le Dalaï-Lama et la remise de la katag (Inde) @LH

 

 

 

« Et plus globalement ce sont les rencontres avec tous les gens qui m’ont ouvert leur porte et m’ont pris en stop. Ils m’ont tous appris quelque chose, m’ont laissé une sensation, une information, une vibration. »

 

Lors de ce tour du monde, tu as donné plus de 300 conférences. Y en a-t-il une qui t’a le plus marqué ? 

Il y a eu plein de conférences intéressantes, mais ce sont des remarques ici et là, des réflexions qui m’ont marqué.

Une fois je donnais une conférence dans une école indonésienne devant deux cents femmes voilées et une d’entre elles me dit: « J’ai entendu dire qu’en France, il était interdit de porter le voile islamique dans les écoles, pourquoi ? » ou encore : « Que veut dire la laïcité ? » C’est très intéressant, car eux n’ont jamais entendu cette notion de laïcité.

En Afghanistan par exemple, dans une école coranique, un garçon me dit : « nous on n’a jamais eu l’occasion d’échanger avec un occidental comme vous. Pour nous, un occidental c’est un soldat avec un casque sur la tête quoi ! » C’était vraiment très intéressant de pouvoir partager dans ces endroits-là. J’avais plein de sujets : les animaux de la planète, les religions du monde… etc.

 

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Ludovic a donné 350 conférences lors de ce tour du monde et près de 500 depuis 2008 @LH

 

 

« C’était un bon moyen d’établir un dialogue interculturel et de les ouvrir sur le monde qui nous entoure, de leur montrer (toujours avec beaucoup de diplomatie) qu’il y a d’autres façons de croire et de penser quand on sort de sa bulle. »

 

Quels sont les peuples qui t’ont inspiré ? 

J’aime beaucoup les pays d’Amérique latine, comme au Brésil, avec cette culture de la félicité, d’être joyeux, ou dès qu’il y a des notes de samba, ça commence à danser !

La philosophie bouddhiste m’inspire, avec ce côté karma où je fais du bien autour de moi, sans rien attendre en retour, en me disant que cela me servira dans une prochaine vie.

 

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Pongsa et ses compères – Asie du Sud-Est@LH

 

J’ai aussi été marqué par les peuples indigènes. Que ce soit en Amérique latine, dans le Grand Nord canadien, en Indonésie ou avec les aborigènes d’Australie. Ils ont tous en commun cet amour de la « Mère Nature », où le respect de la nature vient avant tout. C’est tellement aux antipodes de ce que fait la culture occidentale.

 

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« À ceux qui veulent dialoguer avec la préhistoire, le temps est désormais parcimonieusement compté. » Michel Anselme, sociologue. @LH

 

 

« Enfin je dirais l’hospitalité dans les pays musulmans, car si je devais faire un classement des pays les plus hospitaliers de mon tour du monde, l’Iran et le Pakistan viendraient en premier par exemple ! »

 

Penses-tu que si tu avais été une femme, tu aurais pu voyager aussi librement dans des pays musulmans ? 

Complètement ! Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des codes à respecter lorsque l’on va dans certains pays musulmans, comme le port du foulard, pas de jambes découvertes, etc. Il y a certes une séparation des hommes et des femmes. Dans ces endroits-là, je n’étais qu’avec des hommes, mais si j’avais été une femme, je n’aurais été qu’avec des femmes !

Il y a des endroits plus extrêmes, comme les zones tribales du Pakistan ou certaines zones de l’Afghanistan, où il n’y avait pas de femmes du tout ! C’est sûr qu’ils ne s’attendent pas à voir une femme faire du stop ! Ce n’est pas pour autant que cela serait dangereux, mais les hommes ne comprendraient pas.

 

« Dans les coins où l’on pratique un islam plus traditionnel, même s’il y a assez peu de liberté pour la femme, il n’y a pas forcément de violence faite contre la femme. »

 

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Enfants indigènes au Pérou et au Panamá @LH

 

 

Peux-tu associer à ces mots un pays ou une rencontre faite lors de ton tour du monde ?  

Tradition. Les peuples indigènes qui cherchent à maintenir leurs traditions, certains avec d’énormes challenges comme les aborigènes où il y a une « generation canyon » entre les jeunes et les vieux, entre préserver leurs traditions sans ignorer les changements autour d’eux.

Contrôle. La Corée du Nord forcément ! (rires) cela fait partie des endroits qui ne laissent pas indifférent, avec le culte de la personnalité omniprésent…

 

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Célébration donnée pour l’anniversaire de Kim-Jong-II à Pyongyang @LH

 

Pudeur. L’Iran, avec ses évolutions cachées dans les traditions de la religion.

Surprenant. La capitale du Turkmenistan, Ashgabat. Je ne m’attendais à rien …et quand je suis arrivé, j’avais une version plus moderne de New York !

 

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Malgré la dictature, la capitale ressemble à ses voisines occidentales @LH

 

Dans ton livre tu parles aussi de l’impact de l’Homme sur l’environnement…

Lors de ce tour du monde j’ai été témoin du réchauffement climatique et de toutes les conséquences de l’action de l’Homme sur l’environnement ; le blanchissement du corail, les déchets jetés par terre et dans les fleuves, ça fait partie des choses qui m’ont beaucoup marqué au niveau de l’environnement. Il y a beaucoup d’endroits où l’on observe que la neige en haut des montagnes ou de grands glaciers comme en Antarctique reculent.

 

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Après six semaines de recherche, Ludovic parvient à se faire embarquer sur un brise-glace : direction l’Antarctique! @LH

 

On retrouve également de nombreuses citations qui accompagnent tes idées et ton voyage…

 

 

« L’action est le meilleur remède contre vos peurs ». Dominique Glocheux

L’action, c’est le médicament. C’est comme quand tu es à vélo, que tu as peur : à l’arrêt, tu tombes, mais rouler te permet d’avancer, de ne pas trop penser : une fois qu’on y est, on ne fait pas marche arrière !

 

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde » Gandhi

Un tour du monde change un homme… il m’a changé ! Je suis rentré depuis presque dix ans maintenant. Avant de me lancer, je venais de terminer mon master en école de commercer, mais à mon retour, je me suis posé la question de savoir si je voulais vraiment continuer dans cette voie, si c’était là que j’allais être le plus heureux. Une véritable question de fond que je me suis posé pendant longtemps et j’ai agis : je me suis tourné vers le développement de la paix.

 

 

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J’ai travaillé pendant cinq ans (2009-2014)dans une ONG « Peace and sport », qui promeut le sport comme outil d’éducation à la paix : comment le sport peut aider à réintégrer les anciens membres de gangs, les enfants-soldats, comment le sport peut permettre aux Hutus et Tutsis de vivre ensemble… J’étais en charge des opérations terrain. Quinze jours par mois, je voyageais dans les sept pays avec qui l’on travaillait.

J’ai finalement créé en 2012 « Travel With a Mission », une plateforme web qui met en relation ceux qui veulent partager leurs aventures (voyageurs, professionnels …) et ceux qui veulent recevoir (écoles, hôpitaux, universités, etc.). Par exemple, quelqu’un qui veut sensibiliser à la protection de l’environnement dans les écoles du monde entier, on l’aide à entrer en contact avec des écoles qui sont intéressées par le projet. J’essaie aussi, via les conférences que je continue de faire, de partager ce que j’ai appris de ce tour du monde et passer plein de messages.

 

« Soit le changement que tu veux être, essaie de faire à ton niveau ce que tu veux faire. Tu ne vas pas changer le monde tout seul, mais si chacun fait sa part- comme le colibri comme on dit – on y arrive ! » 

 

 

Quel a été l’objet fétiche de ce tour du monde ? 

Il y en a eu plusieurs ! Au début de mon tour du monde, j’ai gagné la fève d’une galette des Rois. C’était un petit bonhomme. Je l’avais appelé Henrique, étant le premier homme à avoir fait le tour du monde avec Magellan au XVIe siècle. Je m’étais dit qu’il m’accompagnerait partout à travers le monde, sauf que je l’ai perdu avant ! (rires)

Mes autres objets fétiches furent deux bracelets faits par les enfants malades de l’hôpital de Strasbourg, où j’étais parrain. Je suis allé leur rendre visite avant de partir et ils me les ont mis autour du poignet. Ils m’ont toujours encouragé et donné de la force lors de ces cinq années.

 

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Portrait de deux femmes appartenant au peuple « Long cou »@LH

 

 

As-tu gardé la version de 1800 pages de ton tour du monde ? 

Oui, mais en fouillis ! (Rires) Elle n’est pas travaillée ni éditée et surtout difficilement lisible ! On me demande souvent si je la publierai un jour : peut-être, mais ce n’est pas la priorité du moment !

 

Comment conçois-tu tes voyages désormais, as-tu laissé tombé le stop ?

La vie est faite d’étapes. Ce tour du monde en stop en était une et j’ai tourné la page. Aujourd’hui, j’ai une famille, deux enfants, alors pour le moment, ce sont des voyages plus classiques, avec mon épouse qui est un peu moins aventurière que moi ! On a fait un deal : une fois elle choisit la destination, la fois d’après, c’est mon tour. J’ai envie d’aller dans des endroits comme la Papouasie, la Nouvelle-Guinée, le Groenland et retourner en Antarctique.

 

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Ludovic, sa femme Marisol et leur fille.

 

 

On peut lire une petite suggestion adressée aux politiciens… : « Pour devenir président, il faudrait avoir fait un tour du monde en stop, ce doctorat de la route… »

Je dis ça avec une pointe d’ironie et de provocation. En effet je pense que beaucoup de présidents sont complètement déconnectés de la réalité du monde et des attentes des peuples. Si tu fais le tour du monde en allant d’un Hilton à l’autre, tu ne peux pas avoir la vision du vrai monde, seulement d’une minorité. Tu ne rencontres pas assez les locaux. En faisant cette démarche, tu sors de ta bulle, de ton confort, tu repousses tes limites et t’ouvres à la différence de points de vue. Tu es réellement sensibilisé aux enjeux humains et planétaires.

 

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Jamais sans son classeur magique : avec photos, carte et documents! – Tibet- @LH

 

« La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit » O. Wilde. Quel est ton rêve aujourd’hui ? 

J’en ai plusieurs. Concernant le familial, de donner une bonne éducation à mes enfants, de leur permettre de voyager autour du monde et leur transmettre cet amour de la découverte, de la réalisation de ses rêves, de la protection de l’environnement, etc.

 

« L’important est d’avoir des projets qui te donneront l’envie de te lever chaque matin, avec la niaque de pouvoir avancer les choses. »

 

Mes rêves sont aussi liés à « Travel With A Mission », d’avoir un impact et atteindre le million d’expériences « Twam » dans le futur, soit le nombre de rencontres que l’on permet entre les « twamers » (ceux qui veulent partager) et les « Twamhost » (ceux qui veulent recevoir). Actuellement on en est à une centaine et l’on a prouvé que cela marchait. La version n°2 va bientôt sortir et va permettre un développement. Il y a encore énormément de chemin à faire, mais on y arrivera !

 

 

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Devant les Olgas, dans le centre australien

 

 

Ton livre s’achève par une tirade « Plus jamais… » J’aimerais que tu finisses cette interview par « Osez…! »

OSEZ aller au bout de vos idées, de vos rêves !

OSEZ ne pas écouter les trop raisonnables, car beaucoup de gens avant de partir me répétaient que c’était de la pure folie !

OSEZ défier la voie toute tracée ; j’avais une offre d’emploi, mais mon autre voie était d’aller m’endormir au bord des routes !

OSEZ l’action, sans craindre la peur !

OSEZ devenir le changement que vous voulez voir dans le monde de façon à apporter vous aussi, votre pierre à l’édifice.

 

« Apprends à écouter ton cœur, à lire les signes du destin et par-dessus tout, à aller au bout de tes rêves ». Paulo Coelho

 

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Un sac à l’avant, l’autre à l’arrière. Ils auront tenu les cinq ans! @LH

 

 

  • Ludovic Hubler : auteur, conférencier, change maker, aventurier
  • Livre: Le Tour du monde en stop, lauréat du Prix Pierre Loti 2010, récompensant le meilleur récit de voyageur de l’année 2009. Son blog ici. Le retour en photos et vidéos ici.
  • Site : Travel with a mission
  • Toutes les photos appartiennent à Ludovic Hubler @CP LH