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Ludovic Hubler: « Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, c’est que la majorité de la population mondiale est honnête et bienveillante»

 

Auteur du « Tour du monde en stop », conférencier, change maker et créateur de « Travel With A Mission », Ludovic Hubler revient sur son aventure de cinq ans (2003-2008) à « l’École de la Vie !” : 170 000 km parcourus, 59 pays traversés, 3 dictatures, plus de 10 000 heures passées au bord des routes du monde, pris en stop dans plus de 1300 voitures, 8 paires de chaussures usées et 7 kg en moins… Une véritable ode à la paix et au dialogue interculturel. 

 

D’où t’es venue cette idée de faire un tour du monde en 2003? 

L’idée de faire le tour du monde est la réalisation d’un rêve d’enfant. À huit ans, j’avais déjà la tête dans les atlas, avec une volonté de découvrir et de mieux comprendre le monde qui nous entoure. En grandissant, j’ai eu la chance de pouvoir voyager et après une grosse préparation, je me lance ! Départ le 1er janvier 2003.

 

« Le voyage c’est comme une drogue : plus on en fait, plus on a envie d’en faire ! »

 

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Ludovic avec sa carte plastifiée indiquant son parcours. @LH

 

 

Quel a été le déclic de le faire en stop ? 

Mon premier stop je l’ai fait à l’âge de seize ans, poussé par mon papa qui voulait que je sois plus indépendant et débrouillard… à l’inverse de ma mère, qui était plus protectrice ! J’ai donc commencé à faire du stop sur les routes alsaciennes, ensuite dans toute la France, puis en Europe. Le jour où j’ai eu cette étincelle de faire mon tour du monde en stop, j’étais en Roumanie avec un ami. C’est sur la route que l’on a rencontré un chauffeur avec qui on s’est très bien entendu. Au fil des kilomètres, il nous proposa de nous emmener à Iași, où l’on pourrait loger chez son frère. On a mangé roumain, danser roumain, appris du roumain…

 

« Je me suis dit que le stop était un moyen extraordinaire pour pouvoir voyager, rencontrer les populations locales et partager de bons moments. »

 

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Ludovic en compagnie des hommes sacrés de l’hindouisme @LH

 

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspiré pour faire ce tour du monde ? 

Il y a eu à la fois des rencontres avec des voyageurs, mais aussi tout un aspect philosophique au travers de lectures qui m’ont inspiré. Un livre, comme « l’Alchimiste » de Paulo Coelho, qui transmet tout au long du récit cette idée d’aller au bout de ses rêves et de prêter attention aux signes. J’ai eu la chance d’échanger avec André Brugiroux, qui a fait le tour du monde en stop de 1967 à 1973. Considéré comme le père des routards, il m’a montré que mon projet était réalisable ! Il y eut également Françoise et Claude Hervé, qui ont fait le tour du monde à vélo, un voyage de trois ans qu’ils ont prolongé sur 14 années !

 

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Une des convictions de Ludovic après ce tour du monde: « les hommes du monde entier aspirent à vivre en paix »@LH

 

 

Quels sont les messages que tu veux transmettre par le biais de ton livre ? 

-Avec ce livre, c’est l’idée même d’aller au bout de ses rêves et de ses idées, parce qu’il en est de l’épanouissement de soi. Je veux encourager les gens à sauter le pas, leur montrer que faire un tour du monde en stop, c’est possible !

-J’insiste beaucoup sur le « doctorat de la route » comme je l’appelle, cette épreuve initiatique entre la fin des études et le début de la vie professionnelle pour s’ouvrir au monde, le comprendre par ses propres moyens.

 

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Ludovic a traversé 18 déserts, dont celui de Mongolie @LH

 

-Avant de partir, mon père me disait : « évite de partir plus de six mois, tu vas rentrer complètement déconnecté de la réalité… » Après cinq années, je lui dis que non seulement je ne me sentais pas déconnecté de la réalité, mais mieux connecté à elle, au monde qui m’entoure, aux hommes, aux défis planétaires et à moi-même aussi ! Je veux transmettre ce message de la connexion. Sortir de sa bulle, aller côtoyer les autres cultures, sans craindre la différence et aller affiner ses points de vue.

 

« C’est essayer de connaître un petit peu mieux ceux avec qui on partage la Terre, ceux qui ont d’autres croyances, d’autres façons d’envisager le monde et parler ensemble. »

 

 

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Ludovic a énormément utilisé les plateformes de « Couchsurfing » et « Hospitality Club » pour se loger et échanger avec des locaux @LH

 

-Se rendre utile, c’est quelque chose qui m’est venu avec ce tour du monde. Avant tu me parlais d’ONG, je n’y connaissais rien… J’ai rencontré plein de gens extraordinaires, et grâce à eux, j’ai pris une grosse claque sur ce qu’était la réalité du monde et ça réveille !

-Aller au bout de soi-même, ce qui n’est pas toujours facile d’arriver à avoir une certaine résilience, de se mettre des challenges et d’aller au-delà de ses capacités.

 

« En voyageant dans le monde, on se rend compte de la vie relativement confortable que l’on a en Europe, comme l’accès à l’éducation ou le système de santé. On apprend donc à relativiser lors de journées difficiles. »

 

 

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Sa règle pour le stop, le « PPPPS »: toujours Propre, Poli, Patient, Persévérant et Souriant! @LH

 

 

-Le monde n’est pas aussi dangereux que l’on veut bien nous le faire penser. Aujourd’hui, on est dans une époque d’informations en continues, d’alertes infos sur mobile sous les titres « attentat », ce qui crée une génération de gens qui ont peur, ce qui est dommage. De par mon tour du monde et mes conférences, j’ai préféré dire que le monde n’est pas si dangereux et qu’il ne faut pas rentrer dans la paranoïa.

 

« Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, pour ma plus grande satisfaction, c’est de voir de mes propres yeux que la majorité de la population mondiale sont des gens honnêtes et sympas. »

 

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En Asie, pour la première fois depuis le début de son périple, la barrière de la langue se dresse. @LH

 

 

As-tu eu un temps d’adaptation à ton début de tour du monde pour rentrer dans le bain? 

Les débuts sont difficiles, oui ! Lorsque tu te retrouves au bord de la route, que tu sais que tu pars pour plus de 100 000km en stop, tu te poses forcément des questions : « est-ce que je vais revenir vivant ? » « Est-ce que tout va bien se passer ? » « Est-ce que les gens vont être réceptifs ? », etc. Pendant plusieurs années avant le tour du monde, mon expérience de voyageurs en stop s’est fait progressivement : Alsace, France, Europe, puis je suis rentré dans le vif du sujet ! Il y a bien entendu toujours une certaine appréhension qui ne te quitte pas, heureusement d’ailleurs !

« J’ai un mental plutôt positif et résiliant. Je n’ai pas pour habitude d’y aller sur la pointe des pieds ; quand j’y vais… j’y vais ! »

 

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« Vénus », le catamaran perché sur les récifs de l’île d’Aîtutaki dans les îles Cook…@LH

 

 

Quelle a été ta plus grosse frayeur ?

J’en ai eu de diverses sortes ! Une lors de ma traversée en bateau-stop du Pacifique, où par ma faute, on était à deux doigts de s’encastrer dans une falaise !

Il y a en eu liées aux hommes, lorsqu’au Costa Rica par exemple j’arrête une voiture et l’homme sort une arme en criant « Qu’est-ce que tu veux ?! » Il y a eu des petites frayeurs comme ça, mais je n’ai jamais été agressé.

Il y a eu également des frayeurs avec les animaux aussi, comme le dragon de Komodo, qui m’a coursé ! (Rires) c’est dans ces moments où le rythme cardiaque monte d’un coup hein ! Mais cela fait partie de l’aventure !

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Le dragon de Komodo sur le point de poursuivre Ludovic! @LH

 

 

Quelle a été ta plus belle rencontre ? 

Ah ! Celle de mon épouse … Sinon elle va me taper dessus ! (rires) ! On s’est rencontré pendant mon passage au Panamá, on a beaucoup échangé par correspondance lors de mon tour du monde puis on s’est revu en France à mon retour. On est marié depuis 2009, on a deux enfants de 4 et 1 an.

Je parlerai également de ma rencontre avec le Dalaï-Lama, une personne que j’admire particulièrement. Avoir eu la chance d’échanger avec lui ne serait-ce qu’une dizaine de minutes, c’est extraordinaire !

 

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Sa rencontre avec le Dalaï-Lama et la remise de la katag (Inde) @LH

 

 

 

« Et plus globalement ce sont les rencontres avec tous les gens qui m’ont ouvert leur porte et m’ont pris en stop. Ils m’ont tous appris quelque chose, m’ont laissé une sensation, une information, une vibration. »

 

Lors de ce tour du monde, tu as donné plus de 300 conférences. Y en a-t-il une qui t’a le plus marqué ? 

Il y a eu plein de conférences intéressantes, mais ce sont des remarques ici et là, des réflexions qui m’ont marqué.

Une fois je donnais une conférence dans une école indonésienne devant deux cents femmes voilées et une d’entre elles me dit: « J’ai entendu dire qu’en France, il était interdit de porter le voile islamique dans les écoles, pourquoi ? » ou encore : « Que veut dire la laïcité ? » C’est très intéressant, car eux n’ont jamais entendu cette notion de laïcité.

En Afghanistan par exemple, dans une école coranique, un garçon me dit : « nous on n’a jamais eu l’occasion d’échanger avec un occidental comme vous. Pour nous, un occidental c’est un soldat avec un casque sur la tête quoi ! » C’était vraiment très intéressant de pouvoir partager dans ces endroits-là. J’avais plein de sujets : les animaux de la planète, les religions du monde… etc.

 

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Ludovic a donné 350 conférences lors de ce tour du monde et près de 500 depuis 2008 @LH

 

 

« C’était un bon moyen d’établir un dialogue interculturel et de les ouvrir sur le monde qui nous entoure, de leur montrer (toujours avec beaucoup de diplomatie) qu’il y a d’autres façons de croire et de penser quand on sort de sa bulle. »

 

Quels sont les peuples qui t’ont inspiré ? 

J’aime beaucoup les pays d’Amérique latine, comme au Brésil, avec cette culture de la félicité, d’être joyeux, ou dès qu’il y a des notes de samba, ça commence à danser !

La philosophie bouddhiste m’inspire, avec ce côté karma où je fais du bien autour de moi, sans rien attendre en retour, en me disant que cela me servira dans une prochaine vie.

 

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Pongsa et ses compères – Asie du Sud-Est@LH

 

J’ai aussi été marqué par les peuples indigènes. Que ce soit en Amérique latine, dans le Grand Nord canadien, en Indonésie ou avec les aborigènes d’Australie. Ils ont tous en commun cet amour de la « Mère Nature », où le respect de la nature vient avant tout. C’est tellement aux antipodes de ce que fait la culture occidentale.

 

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« À ceux qui veulent dialoguer avec la préhistoire, le temps est désormais parcimonieusement compté. » Michel Anselme, sociologue. @LH

 

 

« Enfin je dirais l’hospitalité dans les pays musulmans, car si je devais faire un classement des pays les plus hospitaliers de mon tour du monde, l’Iran et le Pakistan viendraient en premier par exemple ! »

 

Penses-tu que si tu avais été une femme, tu aurais pu voyager aussi librement dans des pays musulmans ? 

Complètement ! Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des codes à respecter lorsque l’on va dans certains pays musulmans, comme le port du foulard, pas de jambes découvertes, etc. Il y a certes une séparation des hommes et des femmes. Dans ces endroits-là, je n’étais qu’avec des hommes, mais si j’avais été une femme, je n’aurais été qu’avec des femmes !

Il y a des endroits plus extrêmes, comme les zones tribales du Pakistan ou certaines zones de l’Afghanistan, où il n’y avait pas de femmes du tout ! C’est sûr qu’ils ne s’attendent pas à voir une femme faire du stop ! Ce n’est pas pour autant que cela serait dangereux, mais les hommes ne comprendraient pas.

 

« Dans les coins où l’on pratique un islam plus traditionnel, même s’il y a assez peu de liberté pour la femme, il n’y a pas forcément de violence faite contre la femme. »

 

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Enfants indigènes au Pérou et au Panamá @LH

 

 

Peux-tu associer à ces mots un pays ou une rencontre faite lors de ton tour du monde ?  

Tradition. Les peuples indigènes qui cherchent à maintenir leurs traditions, certains avec d’énormes challenges comme les aborigènes où il y a une « generation canyon » entre les jeunes et les vieux, entre préserver leurs traditions sans ignorer les changements autour d’eux.

Contrôle. La Corée du Nord forcément ! (rires) cela fait partie des endroits qui ne laissent pas indifférent, avec le culte de la personnalité omniprésent…

 

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Célébration donnée pour l’anniversaire de Kim-Jong-II à Pyongyang @LH

 

Pudeur. L’Iran, avec ses évolutions cachées dans les traditions de la religion.

Surprenant. La capitale du Turkmenistan, Ashgabat. Je ne m’attendais à rien …et quand je suis arrivé, j’avais une version plus moderne de New York !

 

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Malgré la dictature, la capitale ressemble à ses voisines occidentales @LH

 

Dans ton livre tu parles aussi de l’impact de l’Homme sur l’environnement…

Lors de ce tour du monde j’ai été témoin du réchauffement climatique et de toutes les conséquences de l’action de l’Homme sur l’environnement ; le blanchissement du corail, les déchets jetés par terre et dans les fleuves, ça fait partie des choses qui m’ont beaucoup marqué au niveau de l’environnement. Il y a beaucoup d’endroits où l’on observe que la neige en haut des montagnes ou de grands glaciers comme en Antarctique reculent.

 

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Après six semaines de recherche, Ludovic parvient à se faire embarquer sur un brise-glace : direction l’Antarctique! @LH

 

On retrouve également de nombreuses citations qui accompagnent tes idées et ton voyage…

 

 

« L’action est le meilleur remède contre vos peurs ». Dominique Glocheux

L’action, c’est le médicament. C’est comme quand tu es à vélo, que tu as peur : à l’arrêt, tu tombes, mais rouler te permet d’avancer, de ne pas trop penser : une fois qu’on y est, on ne fait pas marche arrière !

 

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde » Gandhi

Un tour du monde change un homme… il m’a changé ! Je suis rentré depuis presque dix ans maintenant. Avant de me lancer, je venais de terminer mon master en école de commercer, mais à mon retour, je me suis posé la question de savoir si je voulais vraiment continuer dans cette voie, si c’était là que j’allais être le plus heureux. Une véritable question de fond que je me suis posé pendant longtemps et j’ai agis : je me suis tourné vers le développement de la paix.

 

 

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J’ai travaillé pendant cinq ans (2009-2014)dans une ONG « Peace and sport », qui promeut le sport comme outil d’éducation à la paix : comment le sport peut aider à réintégrer les anciens membres de gangs, les enfants-soldats, comment le sport peut permettre aux Hutus et Tutsis de vivre ensemble… J’étais en charge des opérations terrain. Quinze jours par mois, je voyageais dans les sept pays avec qui l’on travaillait.

J’ai finalement créé en 2012 « Travel With a Mission », une plateforme web qui met en relation ceux qui veulent partager leurs aventures (voyageurs, professionnels …) et ceux qui veulent recevoir (écoles, hôpitaux, universités, etc.). Par exemple, quelqu’un qui veut sensibiliser à la protection de l’environnement dans les écoles du monde entier, on l’aide à entrer en contact avec des écoles qui sont intéressées par le projet. J’essaie aussi, via les conférences que je continue de faire, de partager ce que j’ai appris de ce tour du monde et passer plein de messages.

 

« Soit le changement que tu veux être, essaie de faire à ton niveau ce que tu veux faire. Tu ne vas pas changer le monde tout seul, mais si chacun fait sa part- comme le colibri comme on dit – on y arrive ! » 

 

 

Quel a été l’objet fétiche de ce tour du monde ? 

Il y en a eu plusieurs ! Au début de mon tour du monde, j’ai gagné la fève d’une galette des Rois. C’était un petit bonhomme. Je l’avais appelé Henrique, étant le premier homme à avoir fait le tour du monde avec Magellan au XVIe siècle. Je m’étais dit qu’il m’accompagnerait partout à travers le monde, sauf que je l’ai perdu avant ! (rires)

Mes autres objets fétiches furent deux bracelets faits par les enfants malades de l’hôpital de Strasbourg, où j’étais parrain. Je suis allé leur rendre visite avant de partir et ils me les ont mis autour du poignet. Ils m’ont toujours encouragé et donné de la force lors de ces cinq années.

 

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Portrait de deux femmes appartenant au peuple « Long cou »@LH

 

 

As-tu gardé la version de 1800 pages de ton tour du monde ? 

Oui, mais en fouillis ! (Rires) Elle n’est pas travaillée ni éditée et surtout difficilement lisible ! On me demande souvent si je la publierai un jour : peut-être, mais ce n’est pas la priorité du moment !

 

Comment conçois-tu tes voyages désormais, as-tu laissé tombé le stop ?

La vie est faite d’étapes. Ce tour du monde en stop en était une et j’ai tourné la page. Aujourd’hui, j’ai une famille, deux enfants, alors pour le moment, ce sont des voyages plus classiques, avec mon épouse qui est un peu moins aventurière que moi ! On a fait un deal : une fois elle choisit la destination, la fois d’après, c’est mon tour. J’ai envie d’aller dans des endroits comme la Papouasie, la Nouvelle-Guinée, le Groenland et retourner en Antarctique.

 

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Ludovic, sa femme Marisol et leur fille.

 

 

On peut lire une petite suggestion adressée aux politiciens… : « Pour devenir président, il faudrait avoir fait un tour du monde en stop, ce doctorat de la route… »

Je dis ça avec une pointe d’ironie et de provocation. En effet je pense que beaucoup de présidents sont complètement déconnectés de la réalité du monde et des attentes des peuples. Si tu fais le tour du monde en allant d’un Hilton à l’autre, tu ne peux pas avoir la vision du vrai monde, seulement d’une minorité. Tu ne rencontres pas assez les locaux. En faisant cette démarche, tu sors de ta bulle, de ton confort, tu repousses tes limites et t’ouvres à la différence de points de vue. Tu es réellement sensibilisé aux enjeux humains et planétaires.

 

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Jamais sans son classeur magique : avec photos, carte et documents! – Tibet- @LH

 

« La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit » O. Wilde. Quel est ton rêve aujourd’hui ? 

J’en ai plusieurs. Concernant le familial, de donner une bonne éducation à mes enfants, de leur permettre de voyager autour du monde et leur transmettre cet amour de la découverte, de la réalisation de ses rêves, de la protection de l’environnement, etc.

 

« L’important est d’avoir des projets qui te donneront l’envie de te lever chaque matin, avec la niaque de pouvoir avancer les choses. »

 

Mes rêves sont aussi liés à « Travel With A Mission », d’avoir un impact et atteindre le million d’expériences « Twam » dans le futur, soit le nombre de rencontres que l’on permet entre les « twamers » (ceux qui veulent partager) et les « Twamhost » (ceux qui veulent recevoir). Actuellement on en est à une centaine et l’on a prouvé que cela marchait. La version n°2 va bientôt sortir et va permettre un développement. Il y a encore énormément de chemin à faire, mais on y arrivera !

 

 

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Devant les Olgas, dans le centre australien

 

 

Ton livre s’achève par une tirade « Plus jamais… » J’aimerais que tu finisses cette interview par « Osez…! »

OSEZ aller au bout de vos idées, de vos rêves !

OSEZ ne pas écouter les trop raisonnables, car beaucoup de gens avant de partir me répétaient que c’était de la pure folie !

OSEZ défier la voie toute tracée ; j’avais une offre d’emploi, mais mon autre voie était d’aller m’endormir au bord des routes !

OSEZ l’action, sans craindre la peur !

OSEZ devenir le changement que vous voulez voir dans le monde de façon à apporter vous aussi, votre pierre à l’édifice.

 

« Apprends à écouter ton cœur, à lire les signes du destin et par-dessus tout, à aller au bout de tes rêves ». Paulo Coelho

 

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Un sac à l’avant, l’autre à l’arrière. Ils auront tenu les cinq ans! @LH

 

 

  • Ludovic Hubler : auteur, conférencier, change maker, aventurier
  • Livre: Le Tour du monde en stop, lauréat du Prix Pierre Loti 2010, récompensant le meilleur récit de voyageur de l’année 2009. Son blog ici. Le retour en photos et vidéos ici.
  • Site : Travel with a mission
  • Toutes les photos appartiennent à Ludovic Hubler @CP LH

 

 

 

Articles, Interview

Brice Portolano: « Partir dans la nature te réinitialise »

Né à Paris en 1991, Brice Portolano est un photographe indépendant spécialisé dans la photo-documentaire. Après de nombreuses publications dans des magazines tels que le National Geographic, The Daily Mail UK ou l’OBS, il se lance entre 2013 et 2016 dans un projet personnel : « No Signal ».

 

Comment est né le projet « No Signal »? 

Tout part d’une rencontre. Après mon stage chez un photographe à Portland, je suis parti avec une amie faire un road trip d’un mois dans l’Ouest américain. Nous avons rencontré Ben, via le site « couchsurfing », avec qui on a sympathisé très vite!

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@CP Brice Portolano

 

J’étais très curieux d’en savoir plus sur la culture américaine, savoir quelle relation ils entretiennent avec la nature, car là-bas, il y a beaucoup de grands espaces très bien préservés, en comparaison avec l’Europe. Dans certaines zones par exemple, les véhicules motorisés y sont même interdits. J’ai gardé contact avec Ben et je suis retourné le voir après un voyage de quelques mois au Canada. Durant ce séjour, j’ai pris de nombreux clichés et j’étais ravie du résultat!  J’ai donc voulu rencontrer d’autres personnes qui avaient un mode de vie similaire à celui de Ben, pour en faire un projet plus large, sur le retour de l’Homme à la nature au 21e siècle, dans le monde occidental.

 

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@CP Brice Portolano

 

Quel est le message que tu veux transmettre aux personnes qui viennent voir cette exposition ? 

J’aimerais susciter un questionnement sur leur propre relation à la nature. Qu’ils se demandent s’ils ont envie d’être plus connectés à la nature et quelque part les inciter, chacun à son échelle, à être plus proche de la nature qu’ils ne le sont aujourd’hui. Il n’y a pas de moral derrière cette exposition, ni de leçons à donner aux gens. Je les amène à voir qu’il y a d’autres personnes qui ont réussi à passer le cap de ce rapprochement et qu’eux aussi, dans une moindre mesure, peuvent le faire.

 

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@CP Brice Portolano

 

Un mot qui décrit l’exposition pour toi?

Authentique. C’est ce qui relie tous ces personnages ; de vraies personnes, sans artifices, sans habillages derrière. Il n’y a pas de situations que l’on a provoquées uniquement pour prendre des clichés ou de mises en scène pour montrer quelque chose qui n’existe pas. Ce sont des vrais instants qui se passent encore tous les jours, dans le mode de vie de chacun de ces personnes.

 

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@CP Brice Portolano

 

Quelle est la plus grosse difficulté sur ce genre de photos-documentaire 

C’est probablement de réussir à se faire accepter par ces gens-là, à gagner leur respect ; qu’ils voient que tu n’es pas qu’un homme de la ville qui trouve amusant de les prendre en photo et qui vient pour prendre du bon temps.

Comment travailles-tu sur place, as tu une routine, des plans en tête?

J’ai toujours mon appareil photo avec moi quand je suis avec eux. Je ne pars pas avec l’idée d’un cliché précis en tête, mais il y a des ambiances que je veux retranscrire. L’intérêt d’une photo, c’est qu’elle représente un instant figé, donc tu peux réussir à raconter toute l’histoire qu’il y a derrière.  Je prends des photos qui représentent plus qu’un seul instant, qui racontent leur quotidien et leur mode de vie.

 

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@CP Brice Portolano

 

Si tu ne devais choisir qu’une photo représentative de « No Signal » ? 

Sans hésiter, ce serait la photo avec Ben qui porte son cochon! C’était la première photo du projet et c’est l’une des photos dont je suis le plus fier, parce que ce n’est pas forcement le type de cliché que j’ai l’habitude de faire.  Ce couple qui pose devant l’objectif: une photo statique, mais qui en même temps est très spontanée et vivante.

 

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@CP Brice Portolano

 

Ce goût pour l’aventure et le voyage, tu as ça dans le sang ?

Mes parents ont énormément voyagé étant jeunes, ils ont habité à l’étranger pendant plusieurs années. Après la naissance de ma sœur et moi, ils ne se sont pas arrêtés et nous ont emmené avec eux. À chaque fois, on louait une voiture : c’était de l’improvisation totale ! Jamais de voyages organisés, donc on peut dire qu’ils m’ont un peu mis ça dans le sang ! Dès que j’ai pu voyagé seul légalement, je suis parti seul en Irlande en sac à dos à 16 ans, durant une douzaine de jours et après je ne me suis jamais arrêté… C’était mon premier road trip !

 

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@CP Brice Portolano

 

Tu dirais que tu es plus un homme de la ville, ou de la nature ?

J’aime le contraste entre la ville, quand je reviens à Paris, et la nature, quand je me retrouve chez des gens comme Jerry en Alaska, par exemple. J’arrive à voir le meilleur de ces deux mondes, en passant un petit moment avec eux et un petit moment en ville ; j’alterne à chaque fois.

 

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@Brice Portolano

 

À quel moment t’es-tu orienté vers la photo-documentaire ?

À la base, je faisais des photos entre amis, des photos de voyage pour garder un souvenir et créer du lien aussi. À l’époque je voulais avant tout être journaliste et cet attrait pour la photo-documentaire m’est venue assez naturellement, particulièrement en 2013, avec la naissance de ce projet « No Signal », où je me suis dit que je voulais vraiment rencontrer des gens et documenter des vies réelles via mon objectif.

 

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@CP Brice Portolano

 

Ressens-tu un manque, quand tu es de retour après un projet comme « No Signal » ?

C’est une grosse claque à chaque fois! En Alaska par exemple, j’ai vécu pendant deux mois dans une petite cabane en bois qui flottait sur l’eau. Je suis revenu à Paris, mes murs étaient blancs, tout en angles droits, avec de l’électricité, de l’eau courante ; j’avais l’impression d’être dans un hôtel de luxe ! J’alterne les deux de façon à ce qu’il n’y ait pas de manque. J’ai juste très envie de repartir à chaque fois !

 

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@CP Brice Portolano

 

Quels sont tes projets à venir, ta prochaine destination?

D’abord la sortie du livre qui retrace ce projet « No Signal ».  J’aimerais beaucoup retourner en Alaska et découvrir la Russie et la Sibérie ; il y a des coins qui me plaisent énormément, qui sont assez inaccessibles… donc je compte bien m’y rendre prochainement !

 

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@Brice Portolano

 

Tu dis : « partir dans nature n’est pas une fuite, mais plutôt une quête », quelle est la tienne ? 

C’est une quête d’expériences nouvelles, de ressenti nouveau, mais aussi un retour aux sources. Partir dans la nature te réinitialise. Cela te permet d’oublier les futilités de la vie quotidienne et de te concentrer sur ce qui est vraiment essentiel.

 

 

Galerie photo, Islande & Norvège

L’indomptable !

Belle, sauvage et imprévisible; telle est la nature islandaise. Le tumulte de ces chutes d’eau, la fougue de sa faune, la pureté de sa flore. Tout nous pousse à savourer l’instant présent et à éveiller nos sens. On s’imprègne du lieu et on se sent libre: de par le vent qui caresse notre visage, des bruits de l’eau qui s’écrase sur la roche, des perles d’eau qui s’amassent sur nos paupières, de l’air frais qui gonfle nos poumons. On vit et l’on s’extasie face à la beauté de cette nature, indomptable.

 

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@Crédit Photo : Marion Gordien