Galerie photo, Iran

Portraits d’Iranien(ne)s

Que ce soit au détour d’une route, au coin d’une mosquée, ou via couchsurfing, en trois semaines j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui ont le cœur sur la main, qui confirment ce qui fait la renommée du peuple iranien: son accueil et sa gentillesse.

C’est une jeunesse curieuse et ouverte vers l’extérieure que j’ai rencontré. Une jeunesse désireuse de voyager et qui partage les mêmes problématiques quotidiennes que la nôtre. Qui fait face au chômage et aux coûts élevés de la vie, aux pressions sociales. Des jeunes qui sont aventureux et qui souhaitent contribuer au développement de leur pays.

Je n’oublierai pas tous les merveilleux moments passé à leurs côtés, et qui ont fait de ce voyage le plus touchant qu’il m’ait été donné de vivre.

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Crédit photos @MarionGordien

Articles, Interview

Alex Vizeo: « Le voyage, c’est de la méditation constante, sauf qu’au lieu de rester concentré quelque part, j’ai juste à me laisser aller, vivre l’instant présent et laisser faire son chemin… »

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve une réalité… » Alex Vizeo en est un bel exemple. Son tour du monde fait en 2011, il se spécialise dans la vidéo et crée son Blog Voyage. Il a su faire de sa passion son métier, jusqu’à entrer dans le top 15 des blogueurs voyage les plus influents du monde. Spontané, drôle et franc, il nous parle de sa conception du métier d’influenceur, mais aussi de sa belle philosophie de vie. Comme à son habitude, il choisit les mots qui vont nous faire voyager avec lui…

 

Lorsque tu as commencé à vivre de ton blog, as-tu naturellement été amené à la question de l’éthique?

Depuis le début, ma « guide line » a toujours été de me dire de ne pas accepter de me faire payer des choses que je n’aurais jamais faites en voyageant par mes propres moyens ou qui n’apporteraient rien à ma communauté. J’ai déjà refusé des séjours en hélicoptères, car pour le pays concerné ce n’était pas le seul et meilleur moyen de le visiter et cela n’aurait pas eu de sens pour moi ! Même si j’enchaîne les voyages, j’essaie de me dire aussi que c’est potentiellement le voyage d’une vie, ce qui rentre en compte dans mes choix également…

 

« Ma manière de voyager se rapporte à des valeurs fondamentales pour moi : le respect, l’ouverture d’esprit et l’écologie autant que possible. »

 

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Sa première expérience de garçon au pair aux États-Unis, un des éléments déclencheurs à sa passion du voyage. @AlexVizeo

Quel public vises-tu ?

Les choses évoluent avec le temps et l’expérience. Aujourd’hui, je m’adresse vraiment à un public large : de ceux qui veulent être en totale immersion dans la nature, à ceux qui recherchent un petit weekend sympa, dans la nature comme en ville. L’idée c’est de donner l’envie aux gens de voyager…

 

« Il y a autant de voyageurs que de façons de voyager ! »

 

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Alex aux Chutes d’Iguazu @AlexVizeo

 

Dès tes débuts, tu t’es spécialisé dans la vidéo. As-tu suivi des formations, comme par exemple l’utilisation de drones ou la maîtrise des réseaux sociaux ?

Jamais. J’ai toujours fait les choses par moi-même, beaucoup au feeling et en fonction de mes besoins. Ce qui ne veut pas dire que j’ai trouvé les solutions tout seul ! Aujourd’hui, quand on veut se former dans n’importe quel métier, il y a quasiment tout de disponible sur internet (cours en ligne, tutos etc.) et tu peux faire le tout de chez toi ! Donc lorsque j’avais envie de savoir quelque chose, je cherchais sur le net. Pour moi c’est vraiment la meilleure façon d’apprendre. Non pas d’apprendre un sujet pour être bon, mais d’avoir un cas pratique et connaître les techniques pour le résoudre. C’est à force de faire différents cas que tu vas multiplier diverses techniques et être bon au bout d’un moment…

 

« Pour moi ce qui est important c’est de se renouveler et de mettre ma patte sur le travail que je fais. »

 

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Il a été récompensé « Meilleur blog voyage de l’année 2011 » au Golden Blog Awards @AlexVizeo

 

Comment fais-tu pour avoir de la visibilité sur ton blog et tes posts ?

Je n’ai jamais fait de publicité sur mon blog ni même une quelconque promotion. Tout comme je ne poste pas mes articles et mes vidéos sur les forums ni les réseaux sociaux (groupes Facebook etc.) Je me suis toujours dis que si je faisais du contenu de qualité, qui va être utile aux gens, je n’aurais pas besoin de faire ma pub, elle se ferait toute seule… Et si mon contenu n’est pas viral, que ma communauté et mon trafic n’augmentent pas, cela voudrait dire qu’ils ne sont pas assez bons et ça me pousserait à me questionner. Je pense que je vais beaucoup plus lentement que d’autres dans l’évolution de ma communauté, dans l’accroissement de la « viralité » de certains de mes posts et dans mon positionnement, mais je préfère le faire ce cette manière-là!

 

« Au fil des années et par l’engagement que je mets dans chacune de mes vidéos, j’ai vraiment construit une relation de confiance avec ma communauté. »

 

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Désigné blogueur voyage français le plus influent sur les réseaux sociaux – photo prise en Iran @AlexVizeo

 

Es-tu plutôt passif dans la recherche de partenaires vidéo ou provoques-tu les rencontres ?

Dans 80 % du temps, il y a de grandes chances pour que l’on vienne me voir et qu’on me propose une destination avec une thématique à traiter. Si j’accepte, c’est que l’idée me plaît et me correspond. Parfois, il y a des destinations qui me plaisent, où je me dis qu’il y a un vrai travail à faire dessus ; parce qu’ils n’ont pas beaucoup de visibilité ou qu’on n’en parle pas assez… C’est dans ces cas-là que je contacte les agences du pays concerné et je leur propose de travailler ensemble : ils acceptent ou non la proposition.

 

« Je prépare un voyage perso de la même manière que je le ferais pour un pro. »

 

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Il présente aussi l’émission « Le Voyage d’@lex » sur la chaîne Planète Thalassa @AlexVizeo

 

Voyages-tu gratuitement même pour le perso ?

Je ne mélange pas le perso avec le boulot. Je sais qu’il y a des blogueurs qui sont connus et qui cherchent à avoir des défraiements et une prise en charge lorsqu’ils voyagent quelque part … ce que je peux comprendre. Moi j’aime bien aussi faire des voyages perso, mais que je paye, pour garder la notion de l’argent et la critique sur ce que je fais. Ça me sert énormément lors de mes opérations pro quant au jugement que je porte et pour garder un regard objectif sur les activités à faire. De me dire : « ça c’est bien, cher… mais bien. » ou : « ça c’est pas très cher, pas fou, mais bon pour le prix, ça vaut le coup ! » Les gens te font confiance, ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça un métier « d’influenceurs », donc il faut savoir rester un vrai voyageur.

 

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Plongé avec les requins aux Bahamas @AlexVizeo

 

Penses-tu que le métier de blogueur voyage va devenir un outil indispensable dans la communication touristique ?

Je dirais que d’ici cinq ans, le métier de blogueur voyage va prendre de plus en plus d’ampleur, jusqu’à devenir indispensable. Cette nouvelle génération a grandi avec internet et les réseaux sociaux : ce sont eux les futurs consommateurs et voyageurs… donc, la cible des agences. Quand je reçois sur les réseaux des messages de jeunes de douze à quatorze ans qui veulent faire le tour du monde et voyager, effectivement je pense que lorsqu’ils vont prendre leurs inspirations et chercher des informations ce sera sur Youtube, Facebook et tous les autres réseaux. Mais le phénomène ne se restreint pas au métier de « blogueur voyage ». Il touche aussi tous les youtubeurs influenceurs … Aujourd’hui, les gens suivent des influenceurs qu’ils aiment bien, que ce soit sur du jeu vidéo, de la beauté, du sport etc.  Donc si l’un d’entre eux est allé visiter un pays et en parle dans une de ses vidéos, avec ses millions de followers, il y aura forcément un impact phénoménal !

 

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Membre du Collectif Voyage Digital @AlexVizeo

 

L’aspect ultra-connecté dans ton métier te gêne, mais si on parle uniquement « voyage », qu’aimes-tu le moins ?

La seule chose qui me dérange en voyage aujourd’hui c’est de parfois trop penser au boulot ! Il y a des moments où je suis en train de le vivre à fond, mais où je suis obligé de faire des Switchs et de me demander : « attends, est-ce que j’ai bien pensé à tout filmer, est-ce que j’ai le contenu dont j’ai besoin, toutes les photos… ? »

Quand je voyage pour du perso, il n’y a rien qui me dérange ! Je filme, je prends des photos, je fais des posts, mais ce n’est que du bonheur ! À aucun moment il n’y a cette pression du résultat ou un nombre de posts à effectuer. Ce que j’adore dans le voyage, c’est que tu es exalté en permanence, tes sens sont en alerte…

 

« Le voyage, c’est de la méditation constante, sauf qu’au lieu de rester concentré quelque part, j’ai juste à me laisser aller, vivre l’instant présent et laisser faire son chemin… C’est ça qui est beau !

 

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Il réalise 175 vidéos pendant son Tour du monde. @AlexVizeo

Tu te laisses guider par tes envies. Ta seule contrainte est de te dire : « est-ce que j’ai envie ou pas ? » Je n’ai rien que je n’aime pas dans le voyage, parce que c’est finalement un état d’esprit, une sorte de période d’entrainement de la vie de tous les jours, une espèce d’allégorie de la vie générale. C’est-à-dire que si dans la vie de tous les jours tu te plains, si tu ne vois que les cotés négatifs et que tu n’attends qu’une chose : tes vacances ou ton weekend, eh bien ce sera la même chose dans ton voyage ! Tu te plaindras, hormis les moments où tu seras sur la plage et que tu vivras l’activité pour laquelle tu étais venu.

 

« Le voyage c’est un tout. Ce n’est pas que l’activité géniale, c’est aussi le moment où tu attends le bus, c’est la rencontre que tu vas faire que tu n’attendais pas, c’est le fou rire que tu auras avec tes potes… C’est tout ça qui font les souvenirs « !

 

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Sa vidéo « 1 an autour du monde en 5min » fait le buzz sur Youtube @AlexVizeo

 

Quelle est ta recette pour recharger tes batteries ?

 Je vais dans la forêt ! Avec le temps et le voyage, je me suis aperçu que l’environnement dans lequel on a grandi est celui dont on a besoin sur le long terme. J’ai besoin de me rendre dans une forêt, qu’elle soit tropicale ou non, peu m’importe.

Je pense aussi que dans la vie, c’est important d’être passionné, mais qu’il ne faut pas être dans les extrêmes sur une trop longue période. Cela te permet de te dépasser, mais trop longtemps, ce n’est pas bon non plus. C’était mon cas ces dernières années par exemple, j’ai voyagé en permanence et là, je sens que j’ai besoin de me trouver un petit camp de base, avoir mon chez moi. Donc en ce moment, j’essaie de me retrouver un appartement quelque part pour m’ancrer quand je rentre, car cela fait six ans que je n’en ai pas eu et j’écoute mon corps : voilà ma nouvelle étape pour me ressourcer et recharger mes batteries.

 

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Il met 2 ans et demi à travailler par passion avant de pouvoir vivre de son blog et de devenir blogueur voyage à temps plein.

 

As-tu un moment d’adaptation lorsque tu reviens de tes voyages?

Je crois qu’il y a un seul pays qui m’a mis une claque monumentale et m’a fait me sentir bizarre à mon retour : l’Afrique du Sud. Je suis resté deux semaines en pleine nature avec ma voiture de location. Tu sens la mer et la terre et ça, c’est fort !

 

« Plus ça va et plus je comprends ce qui m’appelle et ce qui me touche le plus. Et aujourd’hui je sais que même si je trouve merveilleux une construction humaine, je ne serais jamais aussi émerveillé que devant une cascade ou un arbre magnifique !»

 

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Il économise pendant six ans avant de réaliser son rêve de faire un tour du monde pendant un an.

 

Voyager c’est aussi repousser ses limites. Te fixes-tu de nouveaux défis quand tu pars?

Je prends surtout les défis au vol, quand les occasions surviennent. Faire un stage de survie dans la jungle ou un trek de douze jours ; je ne réfléchis pas ! Je le fais s’il y a un challenge qui se présente à moi. Je pense qu’au fil du temps, je vais de plus en plus être amené à partir pour faire une chose particulière, plutôt que d’aller découvrir des pays ; ce qui est presque plus stimulant !

 

« Un vrai défi pour moi lors de mes voyages, c’est de briser les stéréotypes que le public peut avoir sur une destination et de leur en montrer ses merveilles. C’est un défi du partage. »

 

Un prochain défi perso que j’ai envi de faire, c’est de monter un peu plus de projets qui ont un coté humanitaire. Prendre sur mes deniers et puis je ne sais pas, construire une école, un puits… Des choses qui se font déjà et ce n’est pas moi qui changerai la donne, mais simplement ça aura du sens pour moi et cela aura un impact sur des gens qui en ont vraiment besoin. L’idée c’est aussi de donner envie aux gens de le faire à leur tour, de chasser l’idée que c’est forcément compliqué à faire, de les toucher.

 

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Il consulte régulièrement sa communauté afin d’avoir son avis. @AlexVizeo

 

Quel est ton objet fétiche que tu apportes à chacun de tes voyages ?

Il y en a deux que j’ai toujours dans mon sac et que je ne montre jamais. L’un est un talisman qu’un guérisseur amérindien m’a donné au Canada l’été dernier suite à une cérémonie. Le deuxième est un chapelet de prière bouddhiste que j’avais acheté au début de mon tour du monde à Rangoun en Birmanie et qui ne m’a plus quitté depuis ! Sinon que je sois en voyage ou non, je ne me sépare jamais de mon couteau ultra-light… très pratique !

Quels sont tes futurs projets ?

Mes futurs projets sont plutôt d’ordre personnel. Côté professionnel je ne tente rien de particulier. Là je cherche un peu à me mettre à jour, à me former sur certaines choses, voir de nouvelles façons de filmer et créer ma patte.

 

« On dit souvent que pour faire de belles œuvres, l’artisan a besoin de prendre du temps, de s’arrêter un peu pour aiguiser ses outils… c’est mon cas en ce moment. »

 

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« Je préfère tout mettre en oeuvre pour directement réaliser mes rêves plutôt que de gagner beaucoup d’argent pour pouvoir ensuite simplement me les payer. » @AlexVizeo

 

Comment vois-tu ta vie dans dix ans… ?

Aujourd’hui, l’avenir est très facile pour moi. Lorsque tu choisis de ne pas avoir une vie « métro, boulot, dodo », tu acceptes de suivre ton instinct, de te donner à fond et de ne pas avoir peur du lendemain. Pourquoi tu n’as pas peur du lendemain ? Parce que tu n’as pas peur des projets dans lesquels tu peux t’engager, ni peur de te tromper ou encore de l’échec. L’échec ce n’est pas grave, c’est juste une étape de plus vers la réussite de ton chapitre, de ton challenge. Je n’ai donc aucune envie de savoir ce que je vais faire dans dix ans ! Pour l’instant j’ai des buts fixés à six mois, un an ou deux… et si pendant l’atteinte de ces buts quelque chose qui me fasse plus vibrer croise mon chemin, eh bien je n’hésiterais pas à le prendre !

 

« Les fois dans la vie où je me suis stressé de savoir ce qui allait se passer ou de conserver ce que j’avais acquis, sont les fois où j’étais le moins bon, le moins créatif. C’est selon moi le meilleur moyen pour foirer les deux en réalité! »

 

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« Je suis récompensé chaque jour par les messages de remerciements et d’encouragement des gens qui me suivent. » @AlexVizeo

Quel est ton rêve aujourd’hui?

Mon rêve ?! Eh bien c’est simple… Mon nouveau rêve serait d’avoir une maison en bois, à la fois dans la forêt et au bord de l’eau, avec une grande baie vitrée et une terrasse sur le toit !

 

Alex Vizeo:

Pour aller plus loin :

  • « Vivre sa vie comme un voyage » : Interview à voir d’Alex Vizeo par Woman on Tour
  • Vidéo buzz du tour du monde d’Alex en 5 min ici

 

 

 

Articles, Interview

Ludovic Hubler: « Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, c’est que la majorité de la population mondiale est honnête et bienveillante»

 

Auteur du « Tour du monde en stop », conférencier, change maker et créateur de « Travel With A Mission », Ludovic Hubler revient sur son aventure de cinq ans (2003-2008) à « l’École de la Vie !” : 170 000 km parcourus, 59 pays traversés, 3 dictatures, plus de 10 000 heures passées au bord des routes du monde, pris en stop dans plus de 1300 voitures, 8 paires de chaussures usées et 7 kg en moins… Une véritable ode à la paix et au dialogue interculturel. 

 

D’où t’es venue cette idée de faire un tour du monde en 2003? 

L’idée de faire le tour du monde est la réalisation d’un rêve d’enfant. À huit ans, j’avais déjà la tête dans les atlas, avec une volonté de découvrir et de mieux comprendre le monde qui nous entoure. En grandissant, j’ai eu la chance de pouvoir voyager et après une grosse préparation, je me lance ! Départ le 1er janvier 2003.

 

« Le voyage c’est comme une drogue : plus on en fait, plus on a envie d’en faire ! »

 

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Ludovic avec sa carte plastifiée indiquant son parcours. @LH

 

 

Quel a été le déclic de le faire en stop ? 

Mon premier stop je l’ai fait à l’âge de seize ans, poussé par mon papa qui voulait que je sois plus indépendant et débrouillard… à l’inverse de ma mère, qui était plus protectrice ! J’ai donc commencé à faire du stop sur les routes alsaciennes, ensuite dans toute la France, puis en Europe. Le jour où j’ai eu cette étincelle de faire mon tour du monde en stop, j’étais en Roumanie avec un ami. C’est sur la route que l’on a rencontré un chauffeur avec qui on s’est très bien entendu. Au fil des kilomètres, il nous proposa de nous emmener à Iași, où l’on pourrait loger chez son frère. On a mangé roumain, danser roumain, appris du roumain…

 

« Je me suis dit que le stop était un moyen extraordinaire pour pouvoir voyager, rencontrer les populations locales et partager de bons moments. »

 

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Ludovic en compagnie des hommes sacrés de l’hindouisme @LH

 

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspiré pour faire ce tour du monde ? 

Il y a eu à la fois des rencontres avec des voyageurs, mais aussi tout un aspect philosophique au travers de lectures qui m’ont inspiré. Un livre, comme « l’Alchimiste » de Paulo Coelho, qui transmet tout au long du récit cette idée d’aller au bout de ses rêves et de prêter attention aux signes. J’ai eu la chance d’échanger avec André Brugiroux, qui a fait le tour du monde en stop de 1967 à 1973. Considéré comme le père des routards, il m’a montré que mon projet était réalisable ! Il y eut également Françoise et Claude Hervé, qui ont fait le tour du monde à vélo, un voyage de trois ans qu’ils ont prolongé sur 14 années !

 

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Une des convictions de Ludovic après ce tour du monde: « les hommes du monde entier aspirent à vivre en paix »@LH

 

 

Quels sont les messages que tu veux transmettre par le biais de ton livre ? 

-Avec ce livre, c’est l’idée même d’aller au bout de ses rêves et de ses idées, parce qu’il en est de l’épanouissement de soi. Je veux encourager les gens à sauter le pas, leur montrer que faire un tour du monde en stop, c’est possible !

-J’insiste beaucoup sur le « doctorat de la route » comme je l’appelle, cette épreuve initiatique entre la fin des études et le début de la vie professionnelle pour s’ouvrir au monde, le comprendre par ses propres moyens.

 

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Ludovic a traversé 18 déserts, dont celui de Mongolie @LH

 

-Avant de partir, mon père me disait : « évite de partir plus de six mois, tu vas rentrer complètement déconnecté de la réalité… » Après cinq années, je lui dis que non seulement je ne me sentais pas déconnecté de la réalité, mais mieux connecté à elle, au monde qui m’entoure, aux hommes, aux défis planétaires et à moi-même aussi ! Je veux transmettre ce message de la connexion. Sortir de sa bulle, aller côtoyer les autres cultures, sans craindre la différence et aller affiner ses points de vue.

 

« C’est essayer de connaître un petit peu mieux ceux avec qui on partage la Terre, ceux qui ont d’autres croyances, d’autres façons d’envisager le monde et parler ensemble. »

 

 

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Ludovic a énormément utilisé les plateformes de « Couchsurfing » et « Hospitality Club » pour se loger et échanger avec des locaux @LH

 

-Se rendre utile, c’est quelque chose qui m’est venu avec ce tour du monde. Avant tu me parlais d’ONG, je n’y connaissais rien… J’ai rencontré plein de gens extraordinaires, et grâce à eux, j’ai pris une grosse claque sur ce qu’était la réalité du monde et ça réveille !

-Aller au bout de soi-même, ce qui n’est pas toujours facile d’arriver à avoir une certaine résilience, de se mettre des challenges et d’aller au-delà de ses capacités.

 

« En voyageant dans le monde, on se rend compte de la vie relativement confortable que l’on a en Europe, comme l’accès à l’éducation ou le système de santé. On apprend donc à relativiser lors de journées difficiles. »

 

 

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Sa règle pour le stop, le « PPPPS »: toujours Propre, Poli, Patient, Persévérant et Souriant! @LH

 

 

-Le monde n’est pas aussi dangereux que l’on veut bien nous le faire penser. Aujourd’hui, on est dans une époque d’informations en continues, d’alertes infos sur mobile sous les titres « attentat », ce qui crée une génération de gens qui ont peur, ce qui est dommage. De par mon tour du monde et mes conférences, j’ai préféré dire que le monde n’est pas si dangereux et qu’il ne faut pas rentrer dans la paranoïa.

 

« Si j’ai appris une chose de ce tour du monde, pour ma plus grande satisfaction, c’est de voir de mes propres yeux que la majorité de la population mondiale sont des gens honnêtes et sympas. »

 

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En Asie, pour la première fois depuis le début de son périple, la barrière de la langue se dresse. @LH

 

 

As-tu eu un temps d’adaptation à ton début de tour du monde pour rentrer dans le bain? 

Les débuts sont difficiles, oui ! Lorsque tu te retrouves au bord de la route, que tu sais que tu pars pour plus de 100 000km en stop, tu te poses forcément des questions : « est-ce que je vais revenir vivant ? » « Est-ce que tout va bien se passer ? » « Est-ce que les gens vont être réceptifs ? », etc. Pendant plusieurs années avant le tour du monde, mon expérience de voyageurs en stop s’est fait progressivement : Alsace, France, Europe, puis je suis rentré dans le vif du sujet ! Il y a bien entendu toujours une certaine appréhension qui ne te quitte pas, heureusement d’ailleurs !

« J’ai un mental plutôt positif et résiliant. Je n’ai pas pour habitude d’y aller sur la pointe des pieds ; quand j’y vais… j’y vais ! »

 

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« Vénus », le catamaran perché sur les récifs de l’île d’Aîtutaki dans les îles Cook…@LH

 

 

Quelle a été ta plus grosse frayeur ?

J’en ai eu de diverses sortes ! Une lors de ma traversée en bateau-stop du Pacifique, où par ma faute, on était à deux doigts de s’encastrer dans une falaise !

Il y a en eu liées aux hommes, lorsqu’au Costa Rica par exemple j’arrête une voiture et l’homme sort une arme en criant « Qu’est-ce que tu veux ?! » Il y a eu des petites frayeurs comme ça, mais je n’ai jamais été agressé.

Il y a eu également des frayeurs avec les animaux aussi, comme le dragon de Komodo, qui m’a coursé ! (Rires) c’est dans ces moments où le rythme cardiaque monte d’un coup hein ! Mais cela fait partie de l’aventure !

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Le dragon de Komodo sur le point de poursuivre Ludovic! @LH

 

 

Quelle a été ta plus belle rencontre ? 

Ah ! Celle de mon épouse … Sinon elle va me taper dessus ! (rires) ! On s’est rencontré pendant mon passage au Panamá, on a beaucoup échangé par correspondance lors de mon tour du monde puis on s’est revu en France à mon retour. On est marié depuis 2009, on a deux enfants de 4 et 1 an.

Je parlerai également de ma rencontre avec le Dalaï-Lama, une personne que j’admire particulièrement. Avoir eu la chance d’échanger avec lui ne serait-ce qu’une dizaine de minutes, c’est extraordinaire !

 

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Sa rencontre avec le Dalaï-Lama et la remise de la katag (Inde) @LH

 

 

 

« Et plus globalement ce sont les rencontres avec tous les gens qui m’ont ouvert leur porte et m’ont pris en stop. Ils m’ont tous appris quelque chose, m’ont laissé une sensation, une information, une vibration. »

 

Lors de ce tour du monde, tu as donné plus de 300 conférences. Y en a-t-il une qui t’a le plus marqué ? 

Il y a eu plein de conférences intéressantes, mais ce sont des remarques ici et là, des réflexions qui m’ont marqué.

Une fois je donnais une conférence dans une école indonésienne devant deux cents femmes voilées et une d’entre elles me dit: « J’ai entendu dire qu’en France, il était interdit de porter le voile islamique dans les écoles, pourquoi ? » ou encore : « Que veut dire la laïcité ? » C’est très intéressant, car eux n’ont jamais entendu cette notion de laïcité.

En Afghanistan par exemple, dans une école coranique, un garçon me dit : « nous on n’a jamais eu l’occasion d’échanger avec un occidental comme vous. Pour nous, un occidental c’est un soldat avec un casque sur la tête quoi ! » C’était vraiment très intéressant de pouvoir partager dans ces endroits-là. J’avais plein de sujets : les animaux de la planète, les religions du monde… etc.

 

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Ludovic a donné 350 conférences lors de ce tour du monde et près de 500 depuis 2008 @LH

 

 

« C’était un bon moyen d’établir un dialogue interculturel et de les ouvrir sur le monde qui nous entoure, de leur montrer (toujours avec beaucoup de diplomatie) qu’il y a d’autres façons de croire et de penser quand on sort de sa bulle. »

 

Quels sont les peuples qui t’ont inspiré ? 

J’aime beaucoup les pays d’Amérique latine, comme au Brésil, avec cette culture de la félicité, d’être joyeux, ou dès qu’il y a des notes de samba, ça commence à danser !

La philosophie bouddhiste m’inspire, avec ce côté karma où je fais du bien autour de moi, sans rien attendre en retour, en me disant que cela me servira dans une prochaine vie.

 

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Pongsa et ses compères – Asie du Sud-Est@LH

 

J’ai aussi été marqué par les peuples indigènes. Que ce soit en Amérique latine, dans le Grand Nord canadien, en Indonésie ou avec les aborigènes d’Australie. Ils ont tous en commun cet amour de la « Mère Nature », où le respect de la nature vient avant tout. C’est tellement aux antipodes de ce que fait la culture occidentale.

 

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« À ceux qui veulent dialoguer avec la préhistoire, le temps est désormais parcimonieusement compté. » Michel Anselme, sociologue. @LH

 

 

« Enfin je dirais l’hospitalité dans les pays musulmans, car si je devais faire un classement des pays les plus hospitaliers de mon tour du monde, l’Iran et le Pakistan viendraient en premier par exemple ! »

 

Penses-tu que si tu avais été une femme, tu aurais pu voyager aussi librement dans des pays musulmans ? 

Complètement ! Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des codes à respecter lorsque l’on va dans certains pays musulmans, comme le port du foulard, pas de jambes découvertes, etc. Il y a certes une séparation des hommes et des femmes. Dans ces endroits-là, je n’étais qu’avec des hommes, mais si j’avais été une femme, je n’aurais été qu’avec des femmes !

Il y a des endroits plus extrêmes, comme les zones tribales du Pakistan ou certaines zones de l’Afghanistan, où il n’y avait pas de femmes du tout ! C’est sûr qu’ils ne s’attendent pas à voir une femme faire du stop ! Ce n’est pas pour autant que cela serait dangereux, mais les hommes ne comprendraient pas.

 

« Dans les coins où l’on pratique un islam plus traditionnel, même s’il y a assez peu de liberté pour la femme, il n’y a pas forcément de violence faite contre la femme. »

 

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Enfants indigènes au Pérou et au Panamá @LH

 

 

Peux-tu associer à ces mots un pays ou une rencontre faite lors de ton tour du monde ?  

Tradition. Les peuples indigènes qui cherchent à maintenir leurs traditions, certains avec d’énormes challenges comme les aborigènes où il y a une « generation canyon » entre les jeunes et les vieux, entre préserver leurs traditions sans ignorer les changements autour d’eux.

Contrôle. La Corée du Nord forcément ! (rires) cela fait partie des endroits qui ne laissent pas indifférent, avec le culte de la personnalité omniprésent…

 

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Célébration donnée pour l’anniversaire de Kim-Jong-II à Pyongyang @LH

 

Pudeur. L’Iran, avec ses évolutions cachées dans les traditions de la religion.

Surprenant. La capitale du Turkmenistan, Ashgabat. Je ne m’attendais à rien …et quand je suis arrivé, j’avais une version plus moderne de New York !

 

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Malgré la dictature, la capitale ressemble à ses voisines occidentales @LH

 

Dans ton livre tu parles aussi de l’impact de l’Homme sur l’environnement…

Lors de ce tour du monde j’ai été témoin du réchauffement climatique et de toutes les conséquences de l’action de l’Homme sur l’environnement ; le blanchissement du corail, les déchets jetés par terre et dans les fleuves, ça fait partie des choses qui m’ont beaucoup marqué au niveau de l’environnement. Il y a beaucoup d’endroits où l’on observe que la neige en haut des montagnes ou de grands glaciers comme en Antarctique reculent.

 

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Après six semaines de recherche, Ludovic parvient à se faire embarquer sur un brise-glace : direction l’Antarctique! @LH

 

On retrouve également de nombreuses citations qui accompagnent tes idées et ton voyage…

 

 

« L’action est le meilleur remède contre vos peurs ». Dominique Glocheux

L’action, c’est le médicament. C’est comme quand tu es à vélo, que tu as peur : à l’arrêt, tu tombes, mais rouler te permet d’avancer, de ne pas trop penser : une fois qu’on y est, on ne fait pas marche arrière !

 

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde » Gandhi

Un tour du monde change un homme… il m’a changé ! Je suis rentré depuis presque dix ans maintenant. Avant de me lancer, je venais de terminer mon master en école de commercer, mais à mon retour, je me suis posé la question de savoir si je voulais vraiment continuer dans cette voie, si c’était là que j’allais être le plus heureux. Une véritable question de fond que je me suis posé pendant longtemps et j’ai agis : je me suis tourné vers le développement de la paix.

 

 

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J’ai travaillé pendant cinq ans (2009-2014)dans une ONG « Peace and sport », qui promeut le sport comme outil d’éducation à la paix : comment le sport peut aider à réintégrer les anciens membres de gangs, les enfants-soldats, comment le sport peut permettre aux Hutus et Tutsis de vivre ensemble… J’étais en charge des opérations terrain. Quinze jours par mois, je voyageais dans les sept pays avec qui l’on travaillait.

J’ai finalement créé en 2012 « Travel With a Mission », une plateforme web qui met en relation ceux qui veulent partager leurs aventures (voyageurs, professionnels …) et ceux qui veulent recevoir (écoles, hôpitaux, universités, etc.). Par exemple, quelqu’un qui veut sensibiliser à la protection de l’environnement dans les écoles du monde entier, on l’aide à entrer en contact avec des écoles qui sont intéressées par le projet. J’essaie aussi, via les conférences que je continue de faire, de partager ce que j’ai appris de ce tour du monde et passer plein de messages.

 

« Soit le changement que tu veux être, essaie de faire à ton niveau ce que tu veux faire. Tu ne vas pas changer le monde tout seul, mais si chacun fait sa part- comme le colibri comme on dit – on y arrive ! » 

 

 

Quel a été l’objet fétiche de ce tour du monde ? 

Il y en a eu plusieurs ! Au début de mon tour du monde, j’ai gagné la fève d’une galette des Rois. C’était un petit bonhomme. Je l’avais appelé Henrique, étant le premier homme à avoir fait le tour du monde avec Magellan au XVIe siècle. Je m’étais dit qu’il m’accompagnerait partout à travers le monde, sauf que je l’ai perdu avant ! (rires)

Mes autres objets fétiches furent deux bracelets faits par les enfants malades de l’hôpital de Strasbourg, où j’étais parrain. Je suis allé leur rendre visite avant de partir et ils me les ont mis autour du poignet. Ils m’ont toujours encouragé et donné de la force lors de ces cinq années.

 

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Portrait de deux femmes appartenant au peuple « Long cou »@LH

 

 

As-tu gardé la version de 1800 pages de ton tour du monde ? 

Oui, mais en fouillis ! (Rires) Elle n’est pas travaillée ni éditée et surtout difficilement lisible ! On me demande souvent si je la publierai un jour : peut-être, mais ce n’est pas la priorité du moment !

 

Comment conçois-tu tes voyages désormais, as-tu laissé tombé le stop ?

La vie est faite d’étapes. Ce tour du monde en stop en était une et j’ai tourné la page. Aujourd’hui, j’ai une famille, deux enfants, alors pour le moment, ce sont des voyages plus classiques, avec mon épouse qui est un peu moins aventurière que moi ! On a fait un deal : une fois elle choisit la destination, la fois d’après, c’est mon tour. J’ai envie d’aller dans des endroits comme la Papouasie, la Nouvelle-Guinée, le Groenland et retourner en Antarctique.

 

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Ludovic, sa femme Marisol et leur fille.

 

 

On peut lire une petite suggestion adressée aux politiciens… : « Pour devenir président, il faudrait avoir fait un tour du monde en stop, ce doctorat de la route… »

Je dis ça avec une pointe d’ironie et de provocation. En effet je pense que beaucoup de présidents sont complètement déconnectés de la réalité du monde et des attentes des peuples. Si tu fais le tour du monde en allant d’un Hilton à l’autre, tu ne peux pas avoir la vision du vrai monde, seulement d’une minorité. Tu ne rencontres pas assez les locaux. En faisant cette démarche, tu sors de ta bulle, de ton confort, tu repousses tes limites et t’ouvres à la différence de points de vue. Tu es réellement sensibilisé aux enjeux humains et planétaires.

 

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Jamais sans son classeur magique : avec photos, carte et documents! – Tibet- @LH

 

« La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit » O. Wilde. Quel est ton rêve aujourd’hui ? 

J’en ai plusieurs. Concernant le familial, de donner une bonne éducation à mes enfants, de leur permettre de voyager autour du monde et leur transmettre cet amour de la découverte, de la réalisation de ses rêves, de la protection de l’environnement, etc.

 

« L’important est d’avoir des projets qui te donneront l’envie de te lever chaque matin, avec la niaque de pouvoir avancer les choses. »

 

Mes rêves sont aussi liés à « Travel With A Mission », d’avoir un impact et atteindre le million d’expériences « Twam » dans le futur, soit le nombre de rencontres que l’on permet entre les « twamers » (ceux qui veulent partager) et les « Twamhost » (ceux qui veulent recevoir). Actuellement on en est à une centaine et l’on a prouvé que cela marchait. La version n°2 va bientôt sortir et va permettre un développement. Il y a encore énormément de chemin à faire, mais on y arrivera !

 

 

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Devant les Olgas, dans le centre australien

 

 

Ton livre s’achève par une tirade « Plus jamais… » J’aimerais que tu finisses cette interview par « Osez…! »

OSEZ aller au bout de vos idées, de vos rêves !

OSEZ ne pas écouter les trop raisonnables, car beaucoup de gens avant de partir me répétaient que c’était de la pure folie !

OSEZ défier la voie toute tracée ; j’avais une offre d’emploi, mais mon autre voie était d’aller m’endormir au bord des routes !

OSEZ l’action, sans craindre la peur !

OSEZ devenir le changement que vous voulez voir dans le monde de façon à apporter vous aussi, votre pierre à l’édifice.

 

« Apprends à écouter ton cœur, à lire les signes du destin et par-dessus tout, à aller au bout de tes rêves ». Paulo Coelho

 

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Un sac à l’avant, l’autre à l’arrière. Ils auront tenu les cinq ans! @LH

 

 

  • Ludovic Hubler : auteur, conférencier, change maker, aventurier
  • Livre: Le Tour du monde en stop, lauréat du Prix Pierre Loti 2010, récompensant le meilleur récit de voyageur de l’année 2009. Son blog ici. Le retour en photos et vidéos ici.
  • Site : Travel with a mission
  • Toutes les photos appartiennent à Ludovic Hubler @CP LH

 

 

 

Articles, Interview

Matthieu Suprin: « J’ai un amour de l’humain qui est là. C’est pour cela que je fais des portraits. » 

À 40 ans, Matthieu Suprin nous offre avec sa troisième exposition « La croisée des chemins », un témoignage émouvant des habitants de Birmanie, du Cambodge et du Laos, qu’il a rencontrés en 2013, puis en 2015. Ses travaux reflètent également l’homme derrière son objectif : tout en authenticité et sans artifices. C’est toute la beauté de l’humain qui est mise ici en avant, une beauté à l’état pur, que l’on savoure et qui nous transporte.

Comment t’est venu cette passion pour la photographie ?

J’ai commencé la photographie à 33 ans, un peu par hasard, grâce à un collègue et ami. C’est un moment de ma vie qui n’était pas simple, que ce soit du côté professionnel, comme personnel. Je travaillais à l’époque en agence de communication et j’avais besoin de m’échapper un peu du quotidien. Mon ami directeur artistique s’est acheté du matériel photo et je l’ai suivi, en m’équipant du même boitier! (rires) J’ai un caractère de grand enfant ; lorsque j’ai un nouveau jouet, je fais tout avec et je ne le quitte plus ! C’est ce qu’il s’est passé avec mon premier appareil, je faisais des photos sur le trajet pour aller au travail, mais aussi à mon bureau : je prenais tout et n’importe quoi !

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Qu’est-ce qui t’a plu?

Nous avions une équipe très soudée et j’aimais profondément mes collègues. Je les ai pris instinctivement en photo, en noir et blanc, à chaque fois que j’avais un peu de temps libre au bureau. Il y avait un grand mur blanc près de mon bureau, ce que je trouvais particulièrement triste… j’y ai donc collé toutes les photos de mes collègues !

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Tu t’es orienté vers le portrait en N&B, pourquoi ce choix ?

Au début, je pense qu’il y avait un aspect de facilité, car l’environnement de lumière du bureau ne favorisait pas les couleurs. Avec le temps, je me suis rendu compte que je continuais de photographier en noir et blanc, parce que j’aimais vraiment ça. Je ne suis pas forcément très à l’aise avec la couleur et le paysage en général, car il y a un dénominateur commun : une grande quantité d’informations à prendre en compte. Le fait d’être proche de mes sujets et de les traiter en noir et blanc m’aide à focaliser l’attention sur une émotion particulière, que je voudrais voir se dégager de l’image.

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Pour toi, qu’est-ce qu’un portrait réussi ?

Pour essayer d’avoir un portrait authentique à mes yeux, je demande quasi systématiquement l’autorisation à la personne d’être prise en photo, parce qu’il y a quelque chose qui se crée à ce moment-là et qui selon moi est primordial dans le résultat final.

Je ne veux pas que les gens posent ; s’ils le font, cela ne m’intéresse pas et je ne prends pas la photo.  Je veux qu’ils se montrent tels qu’ils sont. Je mesure le trait d’authenticité de cette façon-là, par la permission qu’on me donne d’entrer dans l’univers et l’intimité de la personne.

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Quel est le plus dur, lors de cet exercice des portraits ?

Je dirais cette phase d’approche avec la personne que tu souhaites photographier, où tu  essaies de te montrer le plus simple et le plus humble possible dans ta posture, ton attitude et tes mouvements, pour entrer dans le processus d’acceptation et ce périmètre d’intimité recherché.

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Cette photo-là est assez représentative de mon discours. C’était un ouvrier du bâtiment à Phnom Penh, assis sur le rebord d’un trottoir, fumant son cigarillo. Je me suis assis sur le trottoir pour me positionner physiquement au même niveau que lui. C’est assez intuitif ces démarches. Il faut aussi savoir accepter les refus. C’est parfois les images que tu n’as pas prises dont tu te souviens le plus…

Y a-t-il la barrière de la langue ?

Systématiquement, mais ce n’est pas tant une difficulté en fait. Il peut y avoir une légère frustration au moment où tu as envie de connaître les chemins de vie des personnes que tu rencontres, mais c’est impressionnant à quel point le langage corporel te donne des accès. Il y a des choses qui sont assez universelles finalement, le sourire en fait partie, l’attitude respectueuse aussi. Tu as des codes universels comme ça qui te permettent de faire passer des messages relativement simplement.

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Comment choisis-tu les sujets que tu prends en photo ? 

Cette série sur l’Asie, qui est le résultat de deux voyages que j’ai fait étant encore salarié en agence, n’avait aucune base narrative et n’a pas été réfléchie: je photographiais des scènes de vie et des gens, de façon purement intuitive. Quand on est sur des situations de portraits, ce sont des traits physiques de visages un peu particuliers ou une lumière intéressante qui vont provoquer le déclic de prendre une photo.

Peux-tu me citer un exemple dans les portraits exposés ici?

Le barbu, avec sa peau extrêmement lisse. On dirait qu’il a une petite trentaine, mais son poil de barbe et ses cheveux lui en donne 15 ou 20 de plus ! Forcément, ce contraste est saisissant et en plus de ça il a un visage extrêmement apaisé. C’est un visage qui m’a interpellé, ce qui est souvent le cas sur les différentes situations.

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As-tu une préférence dans les sujets que tu photographies? 

Absolument pas. Pourtant, dans les faits, tu vas avoir en fonction des cultures et des tranches d’âge plus ou moins de facilités à prendre ta photo. Avec les enfants, c’est quasi gagné, car cela les amusent. Les personnes âgées, c’est la deuxième catégorie de personnes relativement abordables. Je pense que ce sont des personnes qui ont déjà un beau chemin de vie derrière elles, qui n’ont plus grand-chose à prouver, et qui s’assument. Les plus délicats sont les jeunes adultes et les adolescents. Dans ces pays-là, je pense, c’est la première génération qui est vraiment influencée par la technologie, dans les grandes villes en tout cas, avec un rapport à l’image très différent qui n’existait pas avant.

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Tu as deux sortes d’images exposées ici, en règle générale aussi ?

Il y a beaucoup de choses que j’ai réalisées a postériori sur mes photos, comme je n’avais pas de fil conducteur ou de volonté bien définie. Je me suis rendu compte sur tous les tirages verticaux que mes sujets étaient systématiquement centrés, comme une sorte de recherche esthétique. Dans ces situations de vie, j’avais inconsciemment besoin, pour mettre en exergue la beauté des sujets, de créer un certain équilibre dans l’image.

J’ai donc deux grandes typologies d’images : les portraits serrés et les scènes de vie, qui en général, sont celles qui marquent le plus, car il y a une narration supplémentaire et plus d’éléments à prendre en compte dans la prise de vue.

Une photo pour illustrer ces scènes de vie?

Le pêcheur par exemple. À chaque fois, tout le monde le regarde et se demande ce qu’il se passe. C’est une technique de pêche que j’ai observée au Cambodge, où il plonge sous son filet pour l’inspecter et le remonte à la surface à la force de son corps.

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Si tu devais choisir une photo ici qui t’émeut le plus ?

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était « le Bain » (voir la première photo), mais je me suis recentré sur cette photo:

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« J’aime ce rapport à l’intimité avec un individu dans son environnement. »

C’est une image où il y a plein de détails, même si l’on est recentré sur une personne. Je l’aime beaucoup, car elle raconte beaucoup de choses. C’était au « marché Russe » de Phnom Penh, je vois cette femme faire la sieste au fond de sa micro boutique, avec ce visage tellement apaisé. Il y a énormément de contrastes dans l’image, entre son sentiment d’apaisement et le fait qu’elle soit complètement désarticulée, contrainte dans le peu d’espace qu’elle a. Il y a plein de micros détails; lorsque tu regardes de plus près, tu vois qu’elle est enceinte, et quand tu t’approches plus encore, tu vois qu’elle a les ongles peints de différentes manières. C’est une photo qui me touche, car elle est aussi très représentative des habitudes de vie dans les marchés. Les commerçants mangent, discutent, regardent la télé, font la sieste, etc. Ils vivent littéralement dans leurs boutiques.

As-tu une anecdote à me raconter sur un de ces portraits ? 

Oui il y a l’histoire de « La Coquette ». C’était au « marché Central » de Phnom Penh. Elle vendait quelques légumes, assise par terre, et avait un visage qui me parlait. Elle montrait un air assez joyeux, sans pour autant sourire. Je me suis assis à côté d’elle, j’ai demandé si je pouvais la prendre en photo et elle a accepté. À ce moment-là, elle avait son foulard sur la tête totalement en vrac… D’un seul coup elle le prit et le remit bien en place, en bombant le torse pour apparaitre à son avantage. Autant il y a un sentiment de pose que j’essaie de ne pas avoir, autant cela faisait tellement partie du personnage que j’ai gardé la photo ! Je l’ai donc appelée « La Coquette » !  Il y a beaucoup de fierté qui se dégage de cette femme, ce qui m’a touché…

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Quelle frustration peut-on avoir dans l’exercice du portrait ?

Il y a deux types de frustration selon moi : l’une, c’est face au refus d’une personne à se faire photographier. Là par exemple, j’ai dix visages qui me reviennent en tête de gens que j’aurais adoré photographier! L’autre cas apparaît lorsque l’image ne met pas suffisamment en avant toute l’intensité que tu as ressentie en partageant un moment avec une personne. Le portrait n’est pas un exercice facile, donc les bonnes images sont rares évidemment.

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As-tu un photographe en particulier qui t’inspire ? 

Sebastiao Salgado: la référence ultime pour moi! Je suis extrêmement ému rien que d’en parler. C’est un humaniste profond. Il ne travaille pas que sur le sujet humain. Il a une capacité à amener un degré d’esthétisme dans l’image, sans que ce soit forcé. Je suis un grand admirateur de son travail et de l’homme qu’il est.  Son humanisme, sa pureté de pensée et la façon qu’il a de retranscrire en image des scènes de vie me touche énormément.

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Que retiens-tu de ces voyages en Asie? 

Définitivement l’intérêt pour l’humain. La gentillesse et la « belle » naïveté des peuples. Avant-même de commencer à voyager, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de savoir pourquoi je prenais des gens en photo. Un jour, on me l’a demandé et sans savoir pourquoi, je me suis mis à pleurer avant de répondre : « parce que les gens sont beaux ». Cela paraît très naïf et bête, mais en même temps, je trouve que ces gens sont extraordinaires dans leur état naturel et dans leur authenticité. J’ai un amour de l’humain qui est là et c’est pour cela que je fais des portraits.

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« D’avoir eu la chance qu’on me laisse pénétrer dans des zones d’intimités, que ces gens-là m’aient permis de ramener un témoignage d’eux, je trouve ça particulièrement touchant. » 

 

Quel message veux-tu transmettre par le biais de cette exposition ?

Cet amour de l’humain, mais aussi ce respect qu’on se doit d’avoir par rapport aux autres, surtout quand l’autre est différent de nous, dans sa culture, son origine ou sa religion.

As-tu un nouveau projet en tête ?

Deux sujets me tiennent à cœur: l’éducation, dans son sens large, celle qui mène à la connaissance et l’acceptation de l’autre, et la consommation de notre monde, pour souligner l’importance d’une attitude de modération.

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Matthieu Suprin @CP Marion Gordien

 

Infos pratiques:

Site web de Matthieu Suprin : www.matthieusuprin.com

Exposition en ce moment : « La croisée des chemins » à la Galerie Art en Transe, jusqu’au 6 novembre 2016 – métro ligne 8 « Chemin Vert »

Articles

14 situations qui provoquent la nostalgie du road trip

Quand tu reviens d’un road trip, il y a toujours une première claque que tu prends face au décalage du mode de vie passé et présent. Après l’adaptation et la reprise d’une routine, les souvenirs du road trip reviennent par vagues, te prennent parfois par surprise. Finalement, tu te rends compte que de nombreuses choses dans ton quotidien, bonnes ou mauvaises, te renvoient à ton voyage, dans un doux sentiment de nostalgie. En voici donc quelques exemples…

 

1. Chez toi, tu observes le monde par ta fenêtre, ces hauts immeubles en guise de carte postale, qui te font regretter le temps où le paysage défilait derrière la fenêtre de ton van.

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Lors de notre traversée du désert australien… oui il pleuvait!

 

2. Tu sors dehors. Il fait beau. Tu prends une grande inspiration pour remplir tes poumons d’air et là : argh ! Tu t’étouffes à moitié à cause de la pollution. Forcément, ça change de la nature !

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Blue Mountains – Australie

 

3. Quand un faible « cui cui » perce entre deux klaxons et que tout excité, tu tentes de trouver la source… Bon, exit les beaux perroquets que tu as connus dans ton road trip, ce sera un moineau d’humeur guillerette !

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Perroquet à Mackay – Australie

 

4. Quand tu es tout excité à la vue d’un backpack et que tu as envie de demander à la personne : « vous partez où !? » … et accessoirement : « Je peux venir ?! »

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5. Tu es heureux. Tu croises quelqu’un, tu lui fais un sourire ou tu lui dis bonjour. Pas de réponses. Des regards distants et sceptiques… Oui tu comprends qu’ici, ta bonne humeur tu te la gardes pour toi !

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Anna Bay – Australie

 

6. Quand un « Hi » ou un « Sorry » sort de ta bouche instinctivement avant même de penser en français. Le plus drôle reste la tête de la personne en face de toi !

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What the f***! 

 

7. À la Fnac, tu passes devant le rayon « voyage », les guides du Lonely Planet deviennent la tentation suprême. Tu t’arrêtes, juste pour le plaisir et tu te dis : « Tiens, je pars où la prochaine fois ? »

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8. Tu ranges ton armoire et tu retrouves la tenue que tu mettais tout le temps pendant ces neuf mois… Forcément, tu te revois l’enfiler et les souvenirs t’envahissent.

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Ma plus belle expérience dans le refuge de bébés kangourous – Australie

 

9. Quand tu sors le soir, que tu as une de ces envies de faire pipi et que tu fais dehors, la perle qui goutte sur le front pour ne pas être surprise. Et là, tu souris en repensant au nombre de fois où tu t’es accroupie, que ce soit derrière un buisson, entre deux voitures, dans le désert, face à un kangourou, au bord de l’autoroute cachée par ta porte de van ! Eh oui, mine de rien, il y a une petite pointe de nostalgie!

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Avec mon gogirl pour faire pipi debout! (à lire l’article *j’ai testé..)

 

10. Quand tu vas acheter des pommes, que tu détectes la moindre imperfection, que tu sais la variété, les couleurs et que tu te dis: il n’y a pas si longtemps, c’est moi qui était avec ma bucket la tête dans les arbres à les cueillir (…ou les manger!)

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Ma petite Marie, super pickeuse team!

 

11. La première fois que tu te cuisines à nouveau pâtes-thon, ce qui te renvoie à la centaine de fois où tu as ouvert ta boîte, fait cuire tes pâtes au cooker et pensé « j’en peux plus de manger ça ! »

 

12. Cette larme que tu verses, car tu ne sais pas trop où tu vas et ce que tu vas faire de ta vie. Une larme qui te rappelle celle qui coula sur ta joue des mois plus tôt, où tu te sentais seule, loin de tes proches. Le temps passe tellement vite !

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13. Ces quelques arbres qui subsistent face au béton et à la construction, si rares, qu’en un battement de cil, se matérialisent ces forêts sans fin qui t’ont laissées bouche bée durant ton voyage.

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14. Le moment où cette nuit, tu décides de lever le nez et d’observer les étoiles… hélas absentes du ciel parisien, mais qui te rappellent cette fameuse nuit où tu observas, de par la fenêtre latérale de ton van, fasciné, toutes ses étoiles scintiller.

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Qu’importe où l’on est, notre esprit voyage et notre coeur bat pour toutes ces choses passées qui nous ont fait vibrer, ces choses du présent qui nous font avancer et celles du futur qui nous ouvriront toujours plus au monde.

Et vous, qu’est-ce qui dans votre quotidien vous donne la nostalgie du road trip?

 

australie, Galerie photo

L’appel de la montagne

Dans de tels lieux romantiques, il y a toujours un moyen d’être ému par le cadre qui se présente à vous.

Le blizzard doux ou menaçant de la matinée, qui semble garder aux creux de son lit, le secret de la montagne.

L’infini de la forêt, qui vous fait réaliser à quel point le monde est majestueux et unique.

Le parfum de l’herbe sauvage, qui éveille vos sens.

Le bruit du vent caressant les feuilles des arbres, comme une bonne vieille mélodie.

Pour le roadtrip Brisbane- Melbourne, en passant par les terres, je suis passée par les différents parcs nationaux qui se trouvaient sur ma route: Girraween et Lamington NP du Queensland ; Mont Kaputar , Namadgi , Warrunbungles et Koscisusko NP de NSW ; enfin le Wilsons promotory Park, du Victoria .

Un voyage inspirant.

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